Ignorés du grand public, peu étudiés par les scientifiques, les invertébrés souffrent d’une indifférence quasi généralisée. Qu’est-ce qui la sous-tend ? Nous avons posé cette « question à » Valérie Chansigaud, historienne des sciences, spécialiste de l’histoire de l’histoire naturelle, chercheuse associée au laboratoire Sphère (Université de Paris-CNRS)

« Quand on s’intéresse à l’histoire de l’histoire des sciences naturelles, on se rend compte que certains animaux sont très valorisés parce qu’ils sont jugés beaux ou utiles. C’est le cas du panda. D’autres le sont moins parce qu’ils sont jugés moches ou nuisibles, comme le cancrelat. En fait, la plupart des êtres vivants ne sont pas étudiés. Ils ne suscitent tout simplement aucun intérêt. Cette indifférence est très ancienne et solidement ancrée.

Un désintérêt ancien pour les insectes

Si l’on s’intéresse à la diversité représentée sur les peintures des grottes préhistoriques, on retrouve toujours les mêmes animaux : les grands mammifères et parfois des oiseaux… mais en petit nombre. On retrouve cette surreprésentation de certains animaux partout : en Europe, en Amérique du Sud, en Australie, en Afrique du Sud.

Il en va de même si l’on s’intéresse aux couvertures des revues naturalistes ou aux récits de littérature jeunesse. Là encore, on retrouve principalement des grands mammifères, des prédateurs et des oiseaux. Le désintérêt pour les insectes est généralisé, sauf dans certains pays comme le Japon où la libellule par exemple est très valorisée.

Le poids des préjugés

Les scientifiques comme le grand public ont leurs têtes d’affiche. Il y a beaucoup plus de recherches sur le panda que sur le cancrelat. Comment l’expliquer ? Par la prégnance de préjugés qui traversent aussi la communauté scientifique. Ils perdurent parce qu’ils sont sont utiles et nécessaires aux hommes. La détestation du cancrelat (famille des cafards) étant plus commune que l’amour de celui-ci, l’expression de cette détestation créé du lien. Car il est plus facile d’être conformiste qu’anti-conformiste. 

Malheureusement, ces préjugés influencent aussi la protection de la biodiversité. Nous sommes aujourd’hui incapables d’imaginer la protection des espèces parasites, faute de connaissances sur leur biologie et leur écologie. Or ces espèces sont essentielles au fonctionnement des écosystèmes. 75% des relations trophiques, qui mange qui, impliquent un parasite. S’intéresser à ces grands oubliés permet de renouveler le stock des questions et d’interroger la pratique des scientifiques. »

Propos recueilli par Alexandrine Civard-Racinais

A lire :

La nature à l’épreuve de l’homme (Delachaux et Niestlé, 2015) dont un aperçu est à découvrir ici

– Plus d’informations sur le site personnel de Valérie Chansigaud

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