Elle n’a jamais cessé de couler lentement, comme une larme épaisse sur les blessures des branches et des troncs. Mais cela fait plus de vingt ans que les petits pots de terre censés la recueillir ne sont plus accrochés aux troncs des pins maritimes des Landes de Gascogne.
Pourtant, la résine de pin est de plus en plus utilisée par l’industrie chimique, qui en tire de nombreux dérivés.

Laques, adhésifs, peintures, vernis, marquages routiers, cosmétiques, et même dans les chewing-gums… les deux composants de la résine de pin offrent un large éventail de débouchés à la chimie. L’essence de térébenthine, obtenue par distillation, est un excellent solvant, insoluble dans l’eau, l’alcool et l’éther. Puis, par filtration, cette essence donne la colophane ; partie solide qui représente 80 % de la résine. Elle est collante et, elle aussi, résistante à l’eau et à l’éther. Cette propriété hydrophobique est très utile à l’industrie.

Relance du gemmage

Des propriétés utilisées depuis des siècles. Et, la demande ne cesse d’augmenter. En France, la commande de produits résineux a fait un bond de 50 % ! De quoi permettre de ressusciter le gemmage dans les Landes ?
Pour l’heure, les pays européens, consommateurs de plus de 300 000 tonnes de colophane par an, se sont tournés vers la Chine, lancée dans la surexploitation de résine de pin.

Une surexploitation qui touche à sa fin : la production chinoise est passée de 700 000 tonnes à 450 000 tonnes entre 2011 et 2012, avec des prix qui ont grimpé de 240 %.
Alors, chercheurs et industriels se sont associés pour initier un programme de recherche, Sust-Forest, pour relancer le gemmage dans le sud-ouest de l’Europe (Portugal, Espagne et Aquitaine).

Les experts ont montré une grande polyvalence des propriétés chimiques de nos pins. Et l’absence de 3-carène, composant irritant de l’essence de térébenthine, lui ouvre de belles perspectives pour la cosmétique. Et évitera l’exposition des artisans à cet allergène présent dans les peintures et les laques.

Des études d’extraction moderne sont aussi en cours de réalisation, comme celle dite « en vase clos », qui permet de récolter de la résine liquide dans des sacs en plastique. S’il y a peu de chances de revoir les petits pots de terre en forêt landaise, industriels et chercheurs pensent que la qualité de la résine des pins sud-européens, redevenue alors rentable, pourrait créer 30 000 emplois.

La larme des pins pourra alors redonner leur nom d’arbre d’or à nos pins maritimes.

Alexandre Marsat

Chronique réalisée en collaboration avec le Mag de Sud Ouest.
http://www.sudouest.fr/lemag/

Crédit photo : Nomad Photography via photopin cc

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