La cigarette électronique est-elle « meilleure » pour la santé ?

Alors que la 3ème édition du « Mois sans tabac » vient de s’achever, on entend dire ici et là que la cigarette électronique ou E-cigarette serait « moins mauvaise » pour la santé que la clope. Qu’en est-il vraiment ?

 

Cette odeur sur vos vêtements, cette fumée détestée par votre entourage… Forcément si vous êtes fumeurs, vous avez réfléchi à passer à la vapote ! Et votre choix a certainement été réalisé pour une question de santé. D’après une enquête récente sur l’usage de la cigarette électronique, publiée par Santé Publique France (ex INPES), 66 % des vapofumeurs et 80 % des ex-fumeurs vapoteurs considèrent l’e-cigarette comme moins nocive que la cigarette ordinaire. Pas mal…

De fait, en l’état actuel des connaissances, les e-liquides contenus dans les cigarettes électroniques semblent moins nocifs que la fumée de cigarette. Celle-ci contient plus de 4 000 substances chimiques parmi lesquelles des irritants, des produits toxiques comme le goudron et plus de 50 substances susceptibles de favoriser l’apparition d’un cancer.

« Le tabac est une arme de destruction massive. Un fumeur sur deux en mourra » rappelle le Professeur Bertrand Dautzenberg, pneumologue à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (CHU Pitié-Salpêtrière) et président de l’association Paris Sans Tabac. « Le passage d’une consommation de tabac à l’utilisation exclusive de la cigarette électronique est clairement un gain pour les fumeurs ».

Un fumeur qui devient un vapoteur exclusif diminue en effet significativement le risque de développer des maladies en lien avec le tabac fumé. « Bien sûr l’idéal est de ne rien consommer. Mais à tout prendre, vapoter c’est mieux que fumer ! ».

La E-cigarette, une alliée pour arrêter de fumer ?

Pour les addictologues, le passage à l’E-cigarette contenant de la nicotine permet également de réduire l’envie de fumer, une étape indispensable pour un sevrage sans souffrance réussi. C’est pourquoi le Professeur Dautzenberg se dit « totalement favorable à l’intégration de la cigarette électronique parmi les outils de sevrage pour les fumeurs. » Et ces derniers n’ont pas attendus le feu vert du corps médical pour y avoir recours. En 2016, 27 % des fumeurs ayant recherché une aide extérieure pour sortir du tabac se sont tournés vers la cigarette électronique, loin devant les substituts nicotiniques (18,3%), les professionnels de santé (10,4%) et le site Tabac info service (9,1%) (source : Baromètre Santé 2017).

A terme, une « E-cigarette médicalisée » pourrait même voir le jour. L’Académie nationale de médecine et le Haut conseil de santé publique y sont favorables. A condition bien sûr que sa fabrication soit contrôlée par l’industrie pharmaceutique et non par l’industrie du tabac. Car le but est bien de détourner du tabac toujours plus de Français et non de créer de nouvelles addictions ou de nouveaux risques.

 

 « La cigarette électronique présente une immensité de bénéfices pour un risque minime ! » Professeur Bertrand Dautzenberg.

Des risques encore peu étudiés

A côté de ce tueur de masse qu’est le tabac, la E-cigarette fait donc presque figure de Bisounours. Mais son usage n’est peut-être pas sans risques. Une étude menée par des chercheurs américains, publiée en 2015, pointe notamment la présence de diacétyle dans les composants chimiques servant à la fabrication des arômes d’e-liquide, toujours plus nombreux.

Le diacétyle (utilisé comme composant alimentaire) ne présente pas de problèmes particuliers quand il est ingéré. En revanche, ce produit est à l’origine de maladies du système respiratoire pouvant aller jusqu’à nécessiter une transplantation pulmonaire, lorsqu’il est inhalé après avoir été chauffé.

Pour le Haut conseil de la santé publique, auteur d’un rapport sur les bénéfices-risques de la cigarette électronique étendus en population générale daté de 2014 (réactualisé en 2016), il convient donc de rester vigilant. Et de continuer à interdire l’accès à la cigarette électronique aux jeunes.

Quand à ceux qui n’ont jamais fumé, il n’ont pas vraiment intérêt à commencer à vapoter. L’idéal pour la santé, rappelle le Pr Dautzenberg étant de ne « pas fumer, ni vapoter ».

Alexandrine Civard-Racinais


L’avis du HCSP :

En l’état actuel des connaissances scientifiques et des pratiques, le Haut conseil de santé publique, instance nationale d’expertise en matière de santé publique, considère que la cigarette électronique :

+ peut être considérée comme un outil d’aide au sevrage tabagique pour les fumeurs désireux d’arrêter leur consommation de tabac ;
+ constitue un outil de réduction des risques du tabagisme.

Mais attire toutefois l’attention :
– Sur le risque lié à l’usage concomitant de tabac et de la cigarette électronique ;
– Sur le fait que l’usage de la E-cigarette peut représenter une porte d’entrée dans le tabagisme pour des non-fumeurs, en particulier pour les jeunes.


A lire : 

L’E-cigarette. Pour en finir avec le tabac ? L’E-cigarette est elle une alliée ou une ennemi pour qui tente d’arrêter de fumer ? Les réponses du Pr Bertrand Dautzenberg, professeur de pneumologie sont dans ce livre, sorti en 2014 chez Ixelles Editions.