Epidémie de rougeole : pourquoi il est important de se faire vacciner

La rougeole vient de faire une nouvelle victime française. Comment se transmet cette maladie ? Quels sont ses symptômes ? Quelle est sa gravité ? Touche-t-elle uniquement les enfants ? Pourquoi est-il important de se faire vacciner ? Le point avec le Docteur Matthieu Méchain, médecin à l’Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine.

Avec 350 personnes touchées par la rougeole en ce début d’année 2019, le premier décès de l’année vient d’être annoncé par l’agence sanitaire Santé publique France dernier.

La maladie débute par une toux, une rhinite (nez qui coule), conjonctivite, une fièvre supérieure à 38,5°C et se poursuit par des éruptions cutanées au niveau du visage puis sur l’ensemble du corps et des lésions buccales. Et est très contagieuse : « Une personne peut contaminer jusqu’à 20 personnes non protégées (pas vaccinées) », précise le Docteur Matthieu Méchain, médecin à la cellule de veille, d’alerte et de gestion sanitaire au sein de la Direction de la Santé publique à l’Agence régionale de santé Nouvelle-Aquitaine.

En 2018, le Sud-Ouest a été particulièrement touché par cette épidémie. Plus de 1000 cas de rougeole ont été confirmés en Nouvelle-Aquitaine (2900 en France), dont un cas sur quatre a nécessité une hospitalisation et 25 patients ont été transférés en réanimation.

Près de 90 % de ces cas n’étaient pas ou insuffisamment vaccinés (2 doses nécessaires).

Greffée du cœur, la jeune femme de 17 ans, elle, était sous traitement antirejet affaiblissant ses défenses immunitaires. Mais cette maladie virale est dangereuse pour tout un chacun.

Une maladie non strictement infantile et potentiellement mortelle

« La rougeole peut être grave voire mortelle notamment chez les personnes immunodéprimées, les enfants de moins d’un an et les femmes enceintes non vaccinées, alerte le Dr Méchain. Mais elle est peut être sérieuse à tous les âges de la vie. Ce n’est donc pas une maladie strictement infantile et ce n’est pas une pathologie bénigne ! Elle peut provoquer des complications pulmonaires ou neurologiques qui peuvent provoquer la mort. D’où l’importance de se faire vacciner pour soi et pour les autres, ceux qui ne peuvent pas être vaccinés (enfants de moins de six mois, femmes enceintes et personnes immunodéprimées) », souligne le professionnel de santé.

Le vaccin de la rougeole fait d’ailleurs partie des 11 obligatoires pour les enfants nés à partir du 1er janvier 2018.

Les recommandations actuelles du Haut Conseil de la santé publique sont d’administrer deux doses de vaccin, l’une à l’âge de 12 mois et l’autre à 16-18 mois, ou plus tard quel que soit son âge pour les personnes non vaccinées nées après 1980.

Un vaccin obligatoire sans polémique

« Si l’épidémie est finie, cela ne signifie pas qu’elle ne peut pas revenir. On peut avoir un rebond, notamment s’il existe des foyers de personnes non vaccinées. Or, en France, la couverture vaccinale pour cette maladie est de 79 % alors qu’idéalement, elle devrait atteindre les 95 % avec deux doses pour que la rougeole disparaisse », explique le Docteur Méchain.

En 1998, une étude anglaise, qui s’est avérée ensuite frauduleuse, mettait en cause la vaccination ROR (rougeole-oreillons-rubéole) dans le développement de l’autisme. Elle avait provoqué une chute vaccinale dans plusieurs pays anglophones, responsable de la résurgence de la maladie. Il s’avéra ensuite que les travaux publiés étaient scientifiquement falsifiés. « En France, il n’y a aucune polémique sur ce vaccin vivant atténué sans adjuvant aluminique », rassure le Dr Méchain.

Quant aux malades, « ils devraient porter un masque pour éviter la diffusion de ce virus à transmission aérienne, bien se laver les mains avec une solution hydro alcoolique et prévenir leur médecin traitant avant de se rendre à son cabinet », conseille le médecin. Des petits gestes individuels qui constituent un grand pas pour la collectivité.

Florence Heimburger

 

Un livre pour en savoir plus sur la vaccination

En France, 41 % de la population se méfie des vaccins, les jugeant inefficaces, voire dangereux, et dédiés à servir les intérêts des laboratoires pharmaceutiques. Cette défiance s’est traduite par une baisse de 5 % de la vaccination des nourrissons entre 2014 et 2015.

Journaliste scientifique et mère de deux enfants, Lise Barnéoud a enquêté de manière rigoureuse et indépendante pour mettre à jour les bénéfices et risques de chaque vaccin – car chaque vaccin est différent ! Dans son livre, elle rappelle, de manière accessible, qui on protège lorsqu’on se vaccine, pourquoi se vacciner contre une maladie quasi éradiquée, révèle les intérêts des firmes pharmaceutiques et leur influence sur les recommandations publiques… De quoi permettre aux lecteurs de se forger un avis éclairé et dépasser les fakenews et caricatures.

« Immunisés ? Un nouveau regard sur les vaccins » de Lise Barnéoud (auteure) et Stanislas Gros (illustrations), éd. Premier parallèle, 18 €