La mémoire du poisson rouge est-elle vraiment mauvaise ?

Au prétexte qu’il fait le tour de son bocal sans avoir l’air de se plaindre, la légende veut que le poisson rouge ait une mémoire… de poisson rouge. Ou comment déculpabiliser de le laisser tourner en rond. Vous feriez quoi, vous, si vous passiez votre vie dans un bocal ?

Comme les scientifiques ont du temps libre et de la mémoire, ils ont testé la mémoire proverbiale du poisson rouge. Une étude américaine de 1994 battait déjà en brèche l’idée reçue de la très courte mémoire du poisson. En poussant un petit levier, les poissons-rouges obtenaient de la nourriture. En moins de quatre semaines, ils avaient pigé le truc et jouaient aux nobliaux en poussant le levier pour se faire servir, ce qui démontre qu’ils sont « capables de s’adapter aux circonstances et d’apprendre ».

Une autre étude, israélienne cette fois, date de 2011 et ressemble à celle de Pavlov avec les chiens : on actionnait un son à chaque fois que la nourriture était servie. Il ne leur a pas fallu plus d’une semaine pour associer le son à leur repas. Et même après que l’on ait cessé d’associer les deux, ils se sont souvenus du bruit pendant six mois.

La fuite du poisson gobie

Un éthologue américain, Jonathan Balcombe, a même fait du gobie (petit poisson mauvais nageur) son sujet de prédilection et a publié un livre sur la bestiole. Il a montré que ces poissons plus futés qu’on ne le croit sont capables de retrouver une cachette immédiatement lorsqu’ils sont en présence d’un prédateur après l’avoir repérée une première fois. Cette faculté est d’ailleurs cinq fois plus élevée chez le gobie sauvage que chez celui qui est né en captivité.

D’une manière générale, le poisson n’est pas l’idiot que l’on pourrait croire. Un scientifique italien a observé en 2009 qu’un poisson du Pacifique était capable de transporter une palourde dans sa bouche sur trente mètres pour aller la casser sur un rocher, un peu comme les corvidés le font. On pensait jusqu’alors que ces corvidés étaient quasiment ce qui se faisait de plus intelligent en dehors des mammifères. Loupé !

Le chien a la meilleure mémoire

Mais où en étais-je ? Ah oui, la mémoire ! Des chercheurs suédois ont comparé les performances mémorielles de 25 espèces d’animaux : on leur montrait deux symboles et ils devaient désigner lequel avait été montré le premier. D’abord immédiatement après puis avec un temps de plus en plus long entre la première et la seconde exposition aux symboles. Ça vaut ce que ça vaut : entre l’abeille et le chien, on n’est pas vraiment persuadé que les mêmes mécanismes mentaux soient à l’œuvre mais bon…

Lors de la présentation immédiate des deux symboles, quasiment toutes les espèces ont gagné, à part le pigeon qui se tape un peu la honte. La mémoire moyenne de toutes les espèces étudiées pour se souvenir de l’ordre des deux panneaux est de 27 secondes. Les moins bonnes sont les abeilles (2,4 secondes) et les meilleurs… les chiens avec plus d’une minute.

Curieusement, nos cousins germains chimpanzés se contentent d’un très moyen 20 secondes. L’être humain dépasse les 48 heures. Mais lui, il comprend ce qu’on attend de lui avec un test conçu par les siens. A moins qu’il n’ait une mémoire de poisson-rouge.

Jean Luc Eluard