Pourquoi Ebola reste une urgence sanitaire mondiale

2200 morts ont été causées par l’épidémie déclarée en août 2018 dans l’est de la République Démocratique du Congo. De nombreuses rumeurs circulent à son sujet. Curieux.live démêle le vrai du faux avec le Docteur Sylvain Baize*, spécialiste des fièvres hémorragiques.

 

1-Un malade sur deux en meurt. VRAI

Le taux de létalité du virus Ebola varie en fonction son espèce. Ebola Zaïre, qui sévit actuellement en République Démocratique du Congo (RDC) est la plus virulente des 5 existantes : 60 à 90 % des cas y succombent. Fièvre, céphalées, douleurs musculaires, vomissements et diarrhée caractérisent la maladie. La période d’incubation varie de 2 à 21 jours, en règle générale de 6 à 10 jours.

Ebola a été décrétée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) « urgence sanitaire mondiale » en juillet 2019.

 

2-Le virus Ebola a été fabriqué en laboratoire pour servir d’arme biologique. FAUX

La maladie est apparue en 1976 lors de deux flambées simultanées, près de la rivière Ebola en RDC d’une part, et dans une zone isolée du Soudan.

Selon de nombreuses rumeurs, le virus aurait été mis au point pour être utilisé pendant la guerre froide. C’est faux. Même si Soviétiques et Américains avaient alors tenté de le militariser pour en faire une arme biologique.

Le réservoir naturel « quasiment confirmé » du virus serait en réalité une… chauve-souris. C’est elle qui contamine d’autres animaux de la brousse (chimpanzés, gorilles, singes, antilopes des bois, porcs-épics…). Ces animaux, vivants ou morts, peuvent ensuite contaminer les humains en contact : transport, dépeçage… En revanche, consommer de la viande bien cuite ne comporterait pas de risques.

Virus Ebola (famille des Filoviridae) vu en microscopie électronique à transmission. Virus filamenteux (le plus long que l'on connaisse), responsable de fortes fièvres et d'hémorragies internes souvent mortelles pour l'homme et le singe. Le réservoir du virus serait la chauve-souris. ©Institut Pasteur/Pierre Gounon

Virus Ebola (famille des Filoviridae) vu en microscopie électronique à transmission. Virus filamenteux (le plus long que l’on connaisse), responsable de fortes fièvres et d’hémorragies internes souvent mortelles pour l’homme et le singe. Le réservoir du virus serait la chauve-souris. ©Institut Pasteur/Pierre Gounon

3-La contamination peut se faire via des vêtements. VRAI

L’être humain s’infecte par le contact avec des animaux ou personnes contaminés ou avec des liquides biologiques ou sécrétions (selles, urine, salive, sperme, sang, vomissures). La plupart des cas surviennent à la suite d’une transmission interhumaine au niveau d’une lésion cutanée ou des muqueuses. Le contact direct avec le corps d’une personne morte d’Ebola, notamment lors de rites funéraires, peut également jouer un rôle dans la transmission du virus.

Le matériel souillé, tel le linge de lit d’un malade, ses vêtements et les déchets médicaux, est aussi un vecteur du virus.

Des volontaires de la Croix-Rouge congolaise ôtent minutieusement leurs vêtements et accessoires de protection, selon une procédure très précise, dans un centre de santé du Nord-Kivu, à Kalunguta, en RDC. Une étape cruciale et potentiellement dangereuse. ©Alexis Huguet pour MSF

Des volontaires de la Croix-Rouge congolaise ôtent minutieusement leurs vêtements et accessoires de protection, selon une procédure très précise, dans un centre de santé du Nord-Kivu, à Kalunguta, en RDC. Une étape cruciale et potentiellement dangereuse. ©Alexis Huguet pour MSF

4-Les Africains serviraient de cobayes pour mettre au point un vaccin. FAUX

Pour endiguer l’épidémie, les équipes médicales proposent aux personnes susceptibles d’avoir été exposées au virus (vaccination dite « en anneaux »), et sauf contre-indications (femmes enceintes, nourrissons…), un vaccin expérimental jusqu’à il y a peu. Produit par le géant pharmaceutique américain Merck et homologué par la Food and Drug Administration (FDA) et l’Agence européenne du médicament (EMA) en novembre 2019, il est recommandé dans les épidémies causées par le virus Ebola Zaïre. 300 000 personnes en ont bénéficié.

Depuis novembre 2019, un deuxième vaccin, expérimental, mis au point par le laboratoire américain Johnson & Johnson s’administre en 2 injections dont la seconde comprend 3 types de virus Ebola. Son efficacité clinique n’est pas encore démontrée.

 

5-Le virus Ebola peut s’installer durablement en France. FAUX

Les États-Unis, la France, l’Espagne et le Royaume-Uni ont tous connu des cas d’importation du virus suite au rapatriement de ressortissants atteints. Mais le risque de flambée épidémique est faible dans les pays dotés d’un système de santé et d’une surveillance efficaces. Les professionnels sont formés et la France dispose de 14 hôpitaux de référence (avec chambres à dépression d’isolement individuelles et laboratoire de niveau de sécurité P3) dans chaque région pour accueillir au mieux les malades et éviter la contagion. Bref, « l’épidémie serait vite endiguée », rassure notre expert.

Des professionnels de santé acheminent vers l'hôpital un malade diagnostiqué positif dans un centre de traitement Ebola de Médecins Sans Frontières (MSF) à Butembo, dans la province du Nord-Kivu, en RDC. ©John Wessels for MSF

Des professionnels de santé acheminent vers l’hôpital un malade diagnostiqué positif dans un centre de traitement Ebola de Médecins Sans Frontières (MSF) à Butembo, dans la province du Nord-Kivu, en RDC. ©John Wessels for MSF

*responsable de l’unité de biologie des infections virales émergentes et du Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales, de L’Institut Pasteur et du Centre international de recherche en infectiologie, à Lyon.

 

Florence Heimburger