Quand la chute des populations d’insectes se voient sur nos pare-brises

Depuis le début de l’ère industrielle, c’est l’hécatombe chez les insectes. Les observateurs peuvent le voir aux traces sur leurs pare-brises de plus en plus espacées. De très sérieuses études valident cette impression

 

Pendant des décennies, nous avons chassé à coup de spray les espèces « moches » à 6 pattes. Bon, à part l’abeille, qui a acquis le statut particulier de super pollinisateur. Et pour cause, ces petites pattes ouvrières travaillent sans relâche et sans 13e mois dans nos champs et nos vergers. Deux études ont mesuré leur déclin en autopsiant lesdites victimes sur nos pare-brises et sur nos plaques d’immatriculation. Sérieux ?

Les insectes épinglés au tableau des espèces disparues

Focus sur deux études de science participative originales. Pour la première, l’ONG Kent Wildlife Trust a fait installer un « Éclaboussomètre » sur les plaques d’immatriculation des voitures qui participaient à ce « rallye moustique ». En comparant les résultats obtenus en 2004 à ceux de 2019, la baisse est de 50%. Dans la deuxième étude réalisée au Danemark entre 1997 et 2017, le nombre de minuscules scotchés au pare-brise a chuté de 80%. Et avec un protocole plus « académique » ? Parmi les nombreuses publications, citons l’article de Hallmann et all en 2017 qui confirme l’état de fait avec une perte de 75% des insectes volants en 27 ans. Le vol du bourdon n’aura plus lieu.

Eclaboussomètre

L’éclaboussomètre est un protocole pour quantifier la disparition des insectes (Crédit : Kent Wildlife Trust)

Bah, moins d’insectes, moins de chance de se faire piquer et d’attraper la dingue ou le palu ! Quittons des yeux un moment le nombril d’Adam, nous observons que ce déclin se répercute sur tous les maillons de la chaîne alimentaire. Par exemple, les oiseaux, qui se nourrissent de ces minuscules, notamment. À qui la faute ? Pour les auteurs de la publication du 9 février 2020 dans Biological Conservation, les 5 à 10% d’espèces d’insectes éteintes depuis l’ère industrielle seraient dû à la perte d’habitat.

 

Pour Jean-Marc Bonmatin, chercheur au CNRS, « C’est l’arbre qui cache la forêt. Sachant que la baisse est également constatée dans des zones protégées de type Natura 2000, une responsabilité majeure incombe aussi aux dizaines de milliers de tonnes d’insecticides déversés sur la planète, dont en particulier les néonicotinoïdes (Hallmann et al., 2014 ; Goulson et al., 2018) ».

Sauvons les espèces moches !

Sophie Nicaud

Image par Hans Braxmeier de Pixabay