Tests coronavirus pour le déconfinement : lesquels ? Pour qui ? Comment ? Fiables ?

Désormais plusieurs types de tests permettent de dépister le SARS-CoV-2. En quoi consistent-ils et quelles sont leurs différences ? À qui s’adressent-ils ?
Le point avec la professeure Sophie Alain, virologue du service bactériologie-virologie-hygiène du CHU de Limoges

Alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de nombreux chercheurs appellent à intensifier les tests pour identifier les cas suspects et ralentir la pandémie, en France, ils restent réservés à certaines personnes*. Toutefois, fin mars, la France a commandé 5 millions de test de diagnostic rapide ou « sérologiques » en vue du déconfinement en plus des tests PCR. Quelles sont les différences entre ces deux types de tests ? A qui s’adressent-ils ? Combien de temps prennent-ils ? Explications.

« Nous utilisons actuellement dans les laboratoires publics et privés des tests PCR spécifiques du SARS-CoV-2, explique la professeure Sophie Alain du CHU de Limoges. Le prélèvement est effectué au fond d’une narine avec un écouvillon fin. Puis il est transporté au laboratoire pour analyse. Le résultat est alors connu dans la journée. »

"Les tests sérologiques permettent d’estimer l’étendue réelle de l’infection de la population au Covid-19" a déclaré la professeure Sophie Alain, virologue au CHU de Limoges.

« Les tests sérologiques permettent d’estimer l’étendue réelle de l’infection de la population au Covid-19 » a déclaré la professeure Sophie Alain, virologue au CHU de Limoges.

Au CHU de Limoges, chaque jour « 3 à 20 % des tests sont positifs »

« Ce test est relativement sensible (capable de détecter un maximum de malades) et très spécifique (capable de ne détecter que des malades), avec peu de « faux négatifs » et quasiment pas de « faux positifs ». Le test peut être négatif si le virus a déjà pénétré dans les poumons du patient (et ne se trouve plus au niveau de son nez), si le patient est en voie de guérison ou si le prélèvement a été mal réalisé. Au CHU de Limoges, nous réalisons 200 tests par jour pour une capacité de 450. Selon leur provenance (patients, soignants, résidents d’EHPAD…), 3 à 20 % de ces échantillons peuvent être positifs. Ce test coûte 54 €, il est remboursé par la Sécurité sociale, indique la médecin-chercheuse. En parallèle, des tests sérologiques sont en cours de développement. Ils permettent de déterminer grâce à une prise de sang si le virus a été présent dans l’organisme. Ces tests recherchent plus précisément des anticorps, preuve d’une réponse immunitaire à l’infection : les immunoglobulines M (ou IgM) qui apparaissent entre J10 et J14 après le début de l’infection, et les immunoglobulines G (ou Ig G), qui arrivent environ 15 jours après le début de l’infection. Ces délais peuvent varier selon les individus. »

Des tests sérologiques pour estimer l’étendue de l’infection

Plusieurs tests de ce type sont actuellement en cours d’évaluation par le Centre national de référence des virus des infections respiratoires à l’Institut Pasteur et au CHU de Lyon. Au moins deux d’entre eux ont montré de bons résultats. « Nous sommes en demande d’approvisionnement, précise le Pr Alain. Ils sont complémentaires de la PCR : ils permettent d’estimer l’étendue réelle de l’infection de la population au niveau régional, national, international, et de réfléchir à la stratégie de déconfinement. Ils devraient coûter moins cher que les tests PCR. »

Des résultats en 15 minutes seulement

Dans la course à ces tests sérologiques, la société bretonne NG Biotech est parvenue à mettre au point un système d’analyse en 15 minutes seulement sur une seule goutte de sang en adaptant un test de grossesse. Ce laboratoire de poche est sensible à 95 % quinze jours après les premiers symptômes et à 100 % six jours plus tard. Il a obtenu un marquage CE (conformité européenne) le 27 mars 2020 et une première commande publique française a été passée dans la foulée.

*UMR 1092 : Anti-infectieux : supports moléculaires des résistances et innovations thérapeutiques (RESINFIT)
* Les tests de dépistage sont, pour l’heure, en France réservés en priorité aux professionnels de santé, aux personnes vulnérables (plus de 65 ans…) ou jugées à risque (surpoids, comorbidités…) et à celles présentant des symptômes graves du Covid-19 (détresse respiratoire…). Les tests peuvent être effectués à l’hôpital ou en laboratoire. Ils devraient se démocratiser à toutes les personnes symptomatiques à partir du 11 mai.

 

Propos recueillis
par Florence Heimburger

 Image par fernando zhiminaicela de Pixabay

 

 

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