Quand les fourmis limitent le risque épidémique

Les fourmis n’en finissent pas de nous surprendre. Y compris en matière de gestion des épidémies. Les travaux d’une équipe de chercheurs de l’université de Lausanne (Suisse), ont permis de montrer qu’elles sont capables de modifier activement l’organisation de leur colonie pour réduire la propagation de maladies. En la matière… nous n’avons rien inventé !

Comment la fourmi noire de nos jardins fait-elle face au risque épidémique ? Une étude publiée en 2018 par une équipe de chercheurs de l’Institut de science et de technologie d’Autriche (IST Austria) et de l’Université de Lausanne (Suisse) a permis d’en savoir plus sur les mécanismes mis en place par les fourmis noires (lasius niger) pour éviter la propagation de maladies au sein de leurs fourmilières.

Ces insectes eusociaux pratiquent une division stricte du travail et de leur société, organisée en castes. Les fourmis plus jeunes (les nourrices) s’occupent du couvain (les œufs, les larves et les nymphes) et quittent très rarement le nid, afin de limiter les sorties, sources de contamination. Le groupe des bâtisseuses entretient la fourmilière, tandis que le groupe des fourragères est chargé du ravitaillement de la colonie. Ces dernières sont donc logiquement plus exposées que les autres à une rencontre avec un agent pathogène (un virus, une bactérie ou un champignon). Avec le risque de contaminer l’ensemble de la colonie lorsqu’elles rentrent au nid !

1. S’isoler volontairement pour protéger les autres

Un risque d’autant plus grand que les fourmis vivant au sein d’une même colonie sont toute apparentées. Cette proximité génétique, associée à la densité d’individus, maximise le risque de propagation des maladies. Aussi les fourmis sont-elles très vigilantes… Lorsqu’un fourmi noire fourragère est contaminée par le Metarhizium brunneum, un champignon pathogène, elle s’isole volontairement, se plaçant en quelque sorte en quarantaine.

2. Soigner les malades et limiter les contacts

Ses congénères tentent de la débarrasser du champignon et se réorganisent rapidement pour limiter la transmission de la maladie à l’intérieur du nid. Une heure à peine après l’infection de la première fourragère, les contacts entre groupes de travail (déjà assez limités) diminuent encore de manière à protéger le cœur de la colonie. En cas de risque épidémique, les fourmis pratiquent donc elles-aussi une forme de distanciation sociale.

3. Protéger les individus les plus importants

De leur côté, les nourrices en charge du couvain se hâtent de le mettre en sécurité au plus profond du nid. Chez les fourmis, la reine et jeunes sont l’objet de toutes les attentions. Car ils représentent l’avenir de la colonie. Les individus les plus précieux sont donc tenus à distance des sources potentielles de contamination. Ces mesures barrières, qui s’ajoutent à des règles d’hygiènes strictes dans la colonie (avec enlèvement des déchets et des morts), permettent ainsi de les protéger et d’hypothéquer l’avenir de la colonie toute entière.

A lire : La vie des fourmis (Odile Jacob, 2006), ouvrage passionnant et foisonnant de Laurent Keller, biologiste, myrmécologue, professeur à l’Université de Lausanne et co-auteur de l’étude mentionnée ci-dessus.

A écouter : L’avis de l’expert Laurent Keller (UNIL) dans l’émission CQDF datée du 24 avril 2020.

 

Alexandrine Civard-Racinais

Image par Alexas_Fotos de Pixabay