Le télescope Lofar est-il capable de détecter des planètes habitables ?

Une exoplanète vient de rompre le silence radio grace au nouveau télescope Lofar et à ses 3 000 antennes basse fréquence réparties en Europe. La signature radio révèlerait la présence d’un champ magnétique, un des ingrédients de base indispensable pour abriter la vie.  Philippe Zarka, chercheur à l’Observatoire de Paris, nous raconte comment ce nouvel outil de détection en très basse fréquence fait avancer notre connaissance sur les systèmes extrasolaires

Hormis notre Terre, le système solaire n’abrite point d’autres planètes habitables en son giron. Voilà pourquoi les physiciens pointent aujourd’hui leurs lunettes astronomiques vers des exoplanètes, par-delà la ceinture périphérique solaire. Et pour les flasher ? « Nous essayons de détecter les ondes électromagnétiques qu’elles émettent sous forme de signaux lumineux pour les ondes de fréquences élevées et de signaux radio pour les ondes en basses fréquences », explique l’astrophysicien Philippe Zarka.

Lofar, un nouveau télescope sensible aux basses fréquences

« Nous connaissons la masse et l’orbite des exoplanètes. Mais pour savoir si elles ont un champ magnétique, nous avions besoin d’un nouvel outil. Le radiotélescope Low frequency array (Lofar) analyse pour la première fois les très basses fréquences grâce à ses 3 000 antennes basse fréquence réparties dans toute l’Europe. Nous l’avons d’abord calibré sur la signature radio de Jupiter. Puis, nous l’avons testé sur 3 exoplanètes éloignées de 40 à 100 années-lumière. Euréka ! Nous avons détecté un premier signal radio entre 10 et 30 mégaHz provenant de l’une d’entre elles. »

τ Boötis b, bien reçu !

« Le signal reçu vient tout droit de la constellation du Bouvier, d’une exoplanète située à 50 années-lumière de notre système solaire, τ Boötis b. Cette géante gazeuse tourne autour non pas d’une étoile, mais de deux : une naine rouge et une sous-géante jaune-blanche. Elle a été choisie, car elle était suffisamment proche de ses étoiles pour émettre un signal perceptible. Cependant, s’il y a 98 % de chance pour que ce signal soit fiable, nous devons continuer les observations afin de valider la technique de détection des champs magnétiques des planètes en basses fréquences. »

Le champ magnétique, un ingrédient d’habitabilité d’une planète

« Ce sont les particules émises par l’étoile et prises dans le champ magnétique de la planète qui émettent des signaux radio à basse fréquence. Grâce à ce nouvel outil, nous allons avancer dans la connaissance des exoplanètes. Le magnétisme est une propriété importante, car il forme une sorte de bouclier protecteur autour de la planète qui la protège contre les rayons cosmiques. Pour cette raison, il est un des facteurs d’habitabilité d’une planète. Bien sûr, ce n’est pas le seul, il faut également une température clémente, une atmosphère, la présence d’eau… Sur Tau Bootis b, par exemple, la température, trop élevée, est éliminatoire. En installant des Lofar sur la Lune, nous pourrions peut-être trouver une petite sœur à la Terre. »

Propos recueillis
par Sophie Nicaud