D’où vient le bouchon vaseux ?

Ah, cette couleur marronnasse qui contraste tant avec la pierre blonde des quais de Bordeaux et des villages qui longent Dordogne, Garonne et estuaire de la Gironde. On n’a pas vraiment envie d’y mettre un doigt de pied. Et pourtant, ce n’est pas sale

La couleur marron vient des sédiments charriés par la Garonne et la Dordogne. Comme tous les fleuves, me direz-vous. Exact. Sauf qu’à cet endroit, les eaux douces rencontrent l’eau salée poussée par les marées de l’océan Atlantique qui entrent dans l’estuaire. Ici, les ions positifs de l’eau salée vont alors s’agréger aux ions négatifs des particules d’argile transportée par l’eau douce, créant alors des floculats qui resteront en suspension. C’est cette sorte de poudre que l’on peut observer en regardant de près les eaux.

« Crème de vase »

Les sédiments qui transitent par la Gironde représentent pas moins de 2 millions de tonnes par an. Et leur chemin n’est pas direct jusqu’à l’Océan. Ils vont se faire refluer quotidiennement par les marées. 700 000 tonnes de sédiments demeurent dans ces eaux, permettant ainsi de créer des bancs de sable, voire des îles, et alimentant aussi le bouchon. Les spécialistes parleront de « maximum de turbidité » tant les particules en suspension viennent troubler les eaux. Elles représentent de 1 à 3 grammes par litre d’eau.
La marée descendante va aussi agir sur le bouchon en remettant en suspension tout le bouchon vaseux par la force de son courant. Dès que les eaux se calment, les particules s’agglutinent en vase. Huit centimètres de cette « crème de vase » sont emportés à chaque marée. Le bouchon vaseux évolue alors au gré des saisons. Si l’apport en eau douce est important, il va aller vers l’aval, car les crues vont repousser le « front de salinité ». Quand ce débit est plus faible, notamment en période de sécheresse, le bouchon vaseux est très présent plus en amont. C’est pourquoi ce dernier est important autour de Bordeaux de juin à novembre.

Ce va-et-vient du bouchon n’a pas pour seul effet de colorer les eaux. Plus les particules en suspension sont nombreuses, la température et la salinité élevées, plus l’oxygène se fait rare. Les poissons sont alors fortement perturbés, le bouchon vaseux représentant un mur infranchissable pour eux. Sans compter qu’il capte aussi les polluants.