Quand le travail journalistique permet de dénoncer les complots 

De l’affaire Dreyfus à celle du sang contaminé, le travail de la presse a très souvent été essentiel pour porter à la connaissance du public des complots de grande ampleur

Avec l’essor des réseaux sociaux, le complotisme a trouvé une caisse de résonance d’une ampleur inédite. Entre le 11 septembre, la mission sur la lune ou encore la domination des reptiliens, les théories les plus fumeuses ont rencontré un grand succès, renforcé depuis quelques mois par les hypothèses entourant la crise sanitaire.

Aux yeux des complotistes, les comploteurs seraient partout, omnipotents, omniscients et responsables d’à peu près tous les malheurs du monde. Dénoncer ces excès n’enlève rien à une certitude : il existe bel et bien, depuis toujours, des complots de plus ou moins grande ampleur. Et la presse a souvent joué un rôle majeur dans leur dénonciation.

L’exemple le plus célèbre, au plan mondial, est sans doute l’affaire dite du Watergate : « Cinq hommes impliqués dans un complot visant a mettre sur écoute les bureaux des démocrates », titrent Carl Bernstein et Bob Woodward en Une de l’édition dominicale du Washington Post, le 18 juin 1972. Leur enquête, notamment nourrie d’informations données par « Deepthroat », « gorge profonde », alors anonyme, mais dont il s’avérera bien plus tard qu’il s’agissait d’un cadre du FBI, révélera au fil des mois une gigantesque affaire d’espionnage. Laquelle conduira Richard Nixon, le président des États-Unis, à démissionner pour éviter d’être destitué. 

La presse et l’affaire Dreyfus 

En France, le complot le plus retentissant que la presse ait dénoncé remonte probablement à la fin du XIXe siècle, avec l’affaire Dreyfus. La grande majorité des titres de l’époque est pourtant d’abord très nettement hostile au jeune capitaine.

En 1894, quand s’ouvre son procès, à peine quelques voix s’élèvent-elles pour appeler au respect de la présomption d’innocence et dénoncer, déjà l’antisémitisme : Le Gaulois, L’Écho de Paris ou La Justice sont de celles-là.

En 1897, Le Signal et Le Figaro (qui fera marche arrière) prennent parti pour Dreyfus. Les révélations de L’Aurore en 1898, sous la plume de Zola et de son immortel J’accuse, font basculer de nombreuses rédactions, même si les antidreyfusards ne désarment pas. Pour rédiger son pamphlet, Zola s’est notamment appuyé sur le travail du journaliste Bernard Lazare, auteur dès 1896 d’un livre intitulé Une erreur judiciaire. Sans la presse, le capitaine Dreyfus aurait sans doute fini sa vie au bagne de Guyane (où il a été déporté en 1895). 

Plus récemment, le scandale du sang contaminé a été révélé grâce à la pugnacité de quelques journalistes, dont Anne-Marie Casteret dans les colonnes du Quotidien de Paris et de L’Express notamment. Les Irlandais de Vincennes, le Rainbow Warrior, l’affaire Clearstream : au cours des dernières décennies, des dizaines de complots ont été mis au jour par les journalistes, parfois au péril de leur vie.  

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Jean Berthelot de La Glétais

 

Avec le soutien du ministère de la Culture