Changement climatique : le projet Vitisolar d’agrivoltaïsme sur vignes voit le jour près de Bordeaux

Produire une énergie renouvelable tout en limitant les méfaits du dérèglement climatique sur la culture de la vigne, tel est l’objectif du projet Vitisolar lancé par EDF. Un démonstrateur avec panneaux photovoltaïques sera installé à partir de fin 2022 sur une parcelle de 2000 m2 de l’INRAE de Villenave-d’Ornon (33). L’objectif : étudier les bénéfices

Plus vaste région de France, la Nouvelle-Aquitaine subit des vagues de chaleur, intempéries et autres gel et inondations… Aussi, les viticulteurs de cette grande région viticole modifient-ils leurs pratiques : agroforesterie, filet d’ombrage, taille plus tardive, nouvelles variétés de cépages plus résistantes voient le jour.

En parallèle, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) préconise une accélération du déploiement des énergies renouvelables. Le projet innovant Vitisolar agit sur ces deux fronts : la culture de la vigne et la production d’une énergie décarbonée. Il a été lancé en février 2022 par le groupe EDF, via sa Direction Action Régionale Nouvelle-Aquitaine, sa R&D et sa filiale EDF Renouvelables et de nombreux partenaires (1). Il consiste à implanter à partir de fin 2022, après les vendanges, une structure solaire dotée de panneaux photovoltaïques bifaces orientables en matériaux recyclables sur des parcelles de 2000 m2 de ceps de merlot âgés d’une dizaine d’années sur le site d’INRAE (2) Nouvelle-Aquitaine-Bordeaux à Villenave d’Ornon (Gironde).

Des bénéfices réciproques à déterminer et mesurer

Axel Becker, responsable nouvelles technologies chez EDF Renouvelables précise : « Nous manquons de terrains pour développer le photovoltaïque. Et nous savons que les panneaux solaires limitent l’impact de la grêle, du gel, des sécheresses sur les cultures… Mais ils n’ont pas que des effets positifs. Ce démonstrateur pilote d’agrivoltaïsme vise à trouver le meilleur compromis entre production d’énergie renouvelable et agriculture afin de préserver le vin qui fait la renommée de Bordeaux et de la France. »

Ingénieur de recherche à INRAE Nouvelle-Aquitaine-Bordeaux Laurent Delière complète :  « Cette couverture d’ombrage limite les écarts de températures. Cela peut entraîner divers effets contradictoires : certaines maladies, telle l’oïdium (un champignon), sont favorisées par l’ombrage, tandis que d’autres, comme le mildiou (d’autres champignons), au contraire, non. La quantité et l’activité d’autres communautés d’organismes, notamment des auxiliaires (araignées, acariens, prédateurs…) utiles contre les ravageurs, peuvent être modifiées. L’ombrage agit aussi sur la photosynthèse, la croissance des plantes, la maturation des raisins. »

La parcelle comportera 600 m2 de vigne non couverte en guise de témoin.

Cinq années de suivi pour analyser les effets pour la vigne

Le "démonstrateur" d'agrivoltaïsme sera installé sur une parcelle de 2000 m2 de merlot à l'INRAE Nouvelle-Aquitaine-Bordeaux, à Villenave D'Ornon, à partir d'octobre 2022.

Le « démonstrateur » d’agrivoltaïsme sera installé sur une parcelle de 2000 m2 de merlot à l’INRAE Nouvelle-Aquitaine-Bordeaux, à Villenave D’Ornon, à partir de fin 2022.

EDF et ses partenaires étudieront pendant 5 ans les bénéfices pour la vigne d’être abritée par une telle structure, notamment lors d’intempéries et épisodes de sécheresse. La santé de la plante (croissance, besoin en eau, maladies…) et l’impact sur le vin seront scrutés. Ils travailleront également sur les algorithmes de pilotage des panneaux.

Un autre démonstrateur situé sur le site EDF Lab Les Renardières à Écuelles (Seine-et-Marne) fonctionne déjà depuis 2019. EDF s’appuiera sur le retour d’expérience de ce site pour optimiser celui de Villenave D’Ornon.

L’électricité produite viendra alimenter les bâtiments d’INRAE, notamment les laboratoires de recherche. Les résultats de cette expérimentation sont attendus d’ici 4 à 5 ans.

Florence Heimburger 

(1) Ampex (ArelorMittal Exosun), INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), l’Université de Bordeaux, la Chambre d’Agriculture de la Gironde, la Fédération Régionale des CUMA (Coopérative d’utilisation en commun de matériel agricole). Le projet est soutenu financièrement par la Région Nouvelle-Aquitaine, l’Ademe (Agence de la transition écologique) et l’Union européenne…
(2) l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement