La culture du houblon s’invite en Nouvelle-Aquitaine

La première région agricole de France poursuit sa mutation vers un modèle plus résilient, en diversifiant ses cultures. Un invité surprise, le houblon, fait son apparition dans les exploitations de Nouvelle-Aquitaine. Cette plante, traditionnellement cultivée en Alsace, rencontre le marché des bières artisanales locales grâce à une start-up, Hopen

Exit les monocultures de maïs, de blé ou de vigne. Face au changement climatique, à l’appauvrissement des sols et aux attaques de parasites, les agriculteurs réduisent les risques notamment avec l’utilisation de plusieurs espèces cultivées sur leur exploitation. En Nouvelle-Aquitaine, les agriculteurs se sont mis au maraîchage, aux légumineuses et aujourd’hui au houblon. Focus sur une plante-liane de 8 mètres de haut dont la fleur apporte amertume et arômes aux bières.

Crédit : Hopen – Fleurs de houblon femelle jaune-verte. Le houblon (Humulus lupulus), appelé aussi bois du diable ou salsepareille est une plante grimpante. De la famille des cannabinacées, Il est cultivé pour ses fleurs femelles en cônes. Elles contiennent de la lupuline, des acides alpha, bêta et des huiles essentielles utilisés en brasserie. Ses lianes peuvent atteindre jusqu’à 8 mètres de hauteur et ses fleurs sont récoltées en septembre.

Un houblonnier du Lot-et-Garonne témoigne

Émeric Cadalen de Gourmet Agricole est passé à la culture du houblon à Allemans-du-Dropt (47). Il témoigne : « Ces dernières années, les récoltes de prunes ont été catastrophiques à cause des gelées. Nous ne voulions plus concentrer les risques sur une seule culture. Or, le houblon ne souffre pas du gel. Son deuxième avantage ? Les pieds durent une vingtaine d’années. Nous récoltons dès la première année alors qu’il faut plusieurs années pour un fruitier ou un pied de vigne. La troisième raison d’avoir choisi cette culture émergente est, pour nous, la possibilité de transférer notre savoir-faire en séchage sur la fleur de houblon. Avec l’aide de Hopen, la start-up qui nous accompagne sur cette filière, nous avons validé la méthode de séchage et de transformation en granulés appelés pellets. Ces derniers sont ensuite mis dans des sachets en absence d’oxygène puis conservés au froid. La brasserie Effet Papillon, qui est sur Mérignac, vient en chercher du frais tous les ans pour sa bière éphémère »,

Un accompagnement clef en main de la filière

Les deux fondatrices d’Hopen sont ingénieures agronomes. Elles constatent que la brasserie artisanale se développe énormément en France. Or, le houblon, qui fait partie des ingrédients indispensables à l’appellation bière avec l’orge maltée, est importé principalement aux États-Unis.

L’Alsace exportant sa production vers la Belgique, l’Allemagne ou les brasseries industrielles, elles décident de monter une filière à l’Ouest. Soutenues par la Région Nouvelle-Aquitaine* et la Chambre d’agriculture du Lot-et-Garonne, elles proposent aux agriculteurs qui cherchent à se diversifier une solution clef en main, de l’installation au suivi technique, en passant par la supervision de la transformation et la vente aux brasseurs. « Le houblon a une très belle valeur ajoutée. Et les parts de marché de la bière artisanale ne font qu’augmenter. Nous avons actuellement 200 brasseries en France, dont la majorité en Nouvelle-Aquitaine », confie Fanny Madrid, une des deux co-fondatrices d’Hopen.

 

La fabrication de la bière passe par plusieurs phases de digestions enzymatiques pour transformer l’amidon de l’orge en sucre puis en alcool. Photo Sophie Nicaud

Les brasseurs artisanaux misent sur le développement de nouvelles variétés de houblon françaises

Pour Jocelyn Chazel, brasseur et co-fondateur de la Brasserie Effet Papillon, « La démarche locavore a du sens. C’est pourquoi nous soutenons l’initiative de cette nouvelle filière française développée par Hopen. Il va falloir rattraper les 45 ans de retard sur les États-Unis qui sont leader grâce à leur R&D. En effet, nous sommes très demandeurs, car nous créons régulièrement de nouvelles bières très houblonnées avec des qualités organoleptiques très différentes. Dans les festivals et au travers de nos dégustations, nous essayons d’éduquer le consommateur français qui, aujourd’hui, n’est pas très éclairé. Les clients demandent souvent une blonde. C’est un peu comme si vous commandiez du rouge au sommelier d’un grand restaurant ».

Si vos papilles veulent en savoir plus sur les bières houblonnées locales, rendez-vous au Festival de la bière de Bordeaux qui aura lieu jusqu’au 4 juin 2022 au Hangar 14.

Sophie Nicaud

* financement Région – FEADER en 2019 pour 3 ans