« C’était mieux avant ! » entend-on dire à tout bout de champ !  Pourtant de nombreux progrès ont été accomplis au cours des 70 dernières années et la condition humaine s’est nettement améliorée

Regarder dans le rétroviseur procure un sentiment de nostalgie à une grande majorité de Français. 73% de nos compatriotes estiment que « c’était mieux avant », selon les résultats de la 11eme édition du sondage Ipsos/Sopra Steria consacré aux fractures françaises. Un chiffre en progression continue depuis 2019. Et ce sentiment n’est pas l’apanage des plus âgés, puisque 70% des moins de 35 ans se disent d’accord avec cette assertion. Mais qu’est ce que la nostalgie ? Et était-ce vraiment mieux avant ?

La nostalgie, une notion récente et évolutive 

Créé en 1688 par le médecin alsacien Johannes Hofer, à partir du grec nostos « retour au foyer » et algos « douleur », le terme de nostalgie a d’abord désigné une forme pathologique de mal du pays, frappant les soldats ou les personnes déplacées, exilées. 

Cette « émotion mortelle » a ensuite progressivement quitté le champ médical pour devenir « un regret du passé assez inoffensif, voire réconfortant – une émotion bénigne désormais liée au temps et à la mémoire », relate l’historien Thomas Dodman, auteur de Nostalgie. Histoire d’une émotion mortelle (Seuil, 2022).

« La nostalgie est un manque d’un passé heureux, parfois idéalisé », souligne pour sa part le psychiatre Christophe André dans l’un des épisodes de La vie intérieure, diffusé le 24 juillet 2017 sur France culture

Le passé, souvent idéalisé

A l’échelle sociétale, « tout n’était pas mieux avant ! » s’insurge le philosophe et académicien Michel Serres dans son livre-manifeste C’était mieux avant ! (Le Pommier, 2017). Avant, « les usines sans contrainte, répandaient leurs déchets dans l’atmosphère, ou la mer, ou la Seine, le Rhin ou le Rhône« , avant « on ne connaissait pas les antibiotiques, on mourait de vérole ou de tuberculose« , avant, « il n’y avait pas de soins palliatifs », avant « les chambres à coucher restaient glaciales tout l’hiver« , entre autres réjouissances…

Même credo chez Stephen Pinker, professeur à Harvard (USA). Dans le Triomphe des lumières (Les Arènes, 2018), cet éminent psychologue cognitiviste affirme, données à l’appui, que l’humanité ne s’est jamais mieux portée qu’aujourd’hui. En particulier grâce aux améliorations remarquables en matière de santé, de longévité, de nutrition, ainsi que le déclin de la mortalité infantile et maternelle ou le déclin de la pauvreté extrême. « Tout ne va pas mieux et de nombreux problèmes ne sont pas réglés, notamment les problèmes climatiques », mais « le monde est bien meilleur qu’il ne l’était hier ! » expliquait-il en 2018 au micro d’Ali Rebaihi sur France Inter.

Alors certes, tout ne tourne pas rond, et Homo sapiens a encore une belle marge de progression, mais regarder dans le rétroviseur en direction d’un passé idéalisé voire fantasmé sans regarder la réalité des progrès déjà accomplis, ne nous aidera pas à vivre le présent tout en préparant l’avenir. 

Alexandrine Civard-Racinais

Avec le soutien du ministère de la culture.

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