Cela fait 80 ans que les femmes ont le droit de voter et sont éligibles. Un droit fondamental plus que légitime qui aura pourtant mis du temps à voir le jour. Depuis l’obtention de ce droit, se pose la question de la représentativité des femmes en politique. C’est là aussi une longue quête

1944 : obtention du droit de vote des femmes. Proclamé ainsi ce droit fondamental comme « 1515 Marignan », nous fait oublier que cette avancée historique s’est inscrite dans une longue quête et non le fait du prince. Depuis le XIXe siècle des groupes suffragistes se battent pour ce droit, et même dès la Révolution de 1789 avec Condorcet et Olympe de Gouges. Une demande si légitime que la Chambre des députés aura voté plusieurs fois une proposition de loi en faveur de ce droit. Mais à chaque fois, le Sénat s’y est opposé.

Le 23 juin 1942, Charles de Gaulle déclare « Une fois l’ennemi chassé du territoire, tous les hommes et toutes les femmes de chez nous éliront l’Assemblée nationale ».
Le 24 mars 1944 est ainsi instauré le droit de vote pour les femmes. Leur éligibilité est validée en même temps. Mais de là à être bien représentée…

En 80 ans deux premières ministres et quelques femmes ministres

C’est en 1936, dans le gouvernement du Front populaire de Léon Blum que trois femmes entrent pour la première fois au gouvernement (Irène Joliot-Curie, Cécile Brunschvicg et Suzanne Lacore).

Mais là aussi la conquête va être longue et semée d’embûches. La première femme Première ministre est Edith Cresson en 1991. Elle ne reste que 10 mois après avoir été raillée, moquée, tournée en ridicule. En 1995, Alain Juppé, chef du gouvernement choisit 12 femmes comme ministres (surtout secrétaires d’état…) sur 42 membres. Une première ! Cela ne durera que 6 mois. Elle ne seront plus que 3 dans le gouvernement suivant. Sans que cela ne choque grand monde à l’époque, elles gagneront le nom de « jupettes ».

Il faudra attendre 2022 pour voir une deuxième femme Première ministre avec Elisabeth Borne. Cela devient un évènement médiatique (qui ne devrait pas l’être) où les paris sont lancés sur le nombre de mois de sa survie à ce poste…

Une parité très partielle

En octobre 1945, 34 femmes députées rejoignent l’Assemblée nationale constituante. Elles ne représentent alors que 5,8% des 586 députés. Certains pourraient dire que les femmes venaient tout juste d’avoir le droit de vote et d’éligibilité. Certes, alors laissons passer deux générations : en 1997, elles n’étaient que 10,9%…
La Loi sur la parité de 2000 (renforcée en 2007) souhaite améliorer les choses. Mais les partis ne renouvelant pas assez leurs élus préfèrent payer les amendes prévues dans la loi. En 2012, elles sont 26% à l’Assemblée nationale et 37,8% aujourd’hui. Un chiffre pas vraiment plus élevé que celui du Sénat avec 36,3% de sénatrices.

Au niveau local, gageons que la Loi sur la parité à fortement changé la donne. Les listes aux élections municipales et régionales doivent être paritaires. Avec une alternance d’une femme/un homme ou un homme/une femme sur les listes (puis entre adjoint.e ou vice-président.e) pour s’assurer de ne pas placer la majorité des femmes en fin de liste, donc en places non éligibles.

En 2015, la création de scrutins binominaux (vote sur un binôme femme/homme) aux élections aux Conseils départementaux finit d’assurer une parité complète dans les collectivités territoriales (parité par canton). Résultats : elles représentent 50% des élus aux conseils départementaux, 49% dans les conseils régionaux et 42% dans les mairies (le scrutin de liste concerne les communes de + de 1000 habitants). La parité est presque totale. Grâce à la loi.

Rares à la tête des exécutifs

La loi ne s’y appliquant pas, un progrès notable est encore à réaliser à la tête des exécutifs. Elles ne sont que 6 à être présidentes de Conseil régionaux (sur 18) et seulement 20% à être maires. Et seulement 10% à être présidentes d’un Conseil départemental. 

Des progrès sont donc encore à réaliser pour la place des femmes en politique. Dernier en date : la sortie médiatique de la maire de Poitiers qui part en congés maternité pendant huit semaines sans pouvoir toucher d’indemnité. Une « découverte » d’un vide juridique qui devrait être corrigé dans la loi « portant création d’un statut de l’élu local ». 

Alexandre Marsat

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