Douleurs pelviennes et fatigue sont les symptômes les plus récurrents de l’endométriose, cette affection chronique caractérisée par la présence de tissu de l’endomètre en dehors de la cavité utérine ; l’endomètre étant la muqueuse qui tapisse l’intérieur de l’utérus et qui est éliminée pendant les règles.

Mais l’endométriose est aussi fréquemment associée à des troubles digestifs, des douleurs neuropathiques (qui sont des douleurs relatives à une lésion ou à un dysfonctionnement du système nerveux, notamment lorsque ces douleurs sont intenses et persistantes), à des douleurs lors des rapports sexuels, ou encore à de l’infertilité.


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L’endométriose est aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique au regard de ses conséquences sur la vie des personnes atteintes et du nombre de femmes concernées, près de 10 % d’entre elles.

Les répercussions de cette maladie peuvent être invalidantes et toucher tous les domaines de la vie des personnes atteintes. Le phénomène peut être exacerbé par la chronicité des symptômes qui, pour certaines femmes, ne se limitent pas à la période des règles. Ils peuvent être chroniques, survenir durant le syndrome prémenstruel, au moment de l’ovulation…

S’interroger sur les bénéfices de l’activité physique dans l’endométriose

Nous savons déjà que pratiquer de l’activité physique se révèle bénéfique pour réduire les douleurs chroniques, neuropathiques et les processus inflammatoires associés.

Faire de l’exercice physique améliore également le bien-être physique et mental chez les douloureux chroniques mais aussi chez des personnes atteintes d’autres pathologies comme des cancers.

C’est pourquoi il est possible de penser que dans le cadre de l’endométriose, l’activité physique pourrait aussi améliorer la qualité de vie ainsi que les symptômes douloureux. Ces suppositions sont renforcées par la mise en évidence de la réduction de marqueurs inflammatoires et une réduction des lésions dans des études chez l’animal. Mais ces conclusions chez l’animal ne peuvent pas être extrapolées à l’humain. C’est pourquoi des études chez les femmes sont nécessaires.

A notre connaissance, une douzaine d’études a été réalisée pour étudier les effets de l’activité physique et de l’exercice sur les douleurs pelviennes et le bien-être physique et mental des personnes atteintes d’endométriose. Bien qu’un effet positif sur la gestion de la douleur et l’amélioration des symptômes anxiodépressifs ait été observé, les résultats de ces études ne permettent pas de démontrer sans équivoque les bénéfices de l’activité physique sur cette maladie.

Douleurs, stress et anxiété : principaux freins à la pratique

En termes d’activité physique, les femmes atteintes d’endométriose seraient moins actives. Cela pourrait s’expliquer par le fait qu’elles sont davantage exposées aux symptômes d’anxiété et de dépression, qu’elles ont plus de difficultés à gérer le stress et qu’elles sont plus sensibles à la douleur physique que les autres.

La combinaison de tous ces facteurs, associée à la peur d’amplifier les douleurs par le mouvement, a tendance à enfermer les personnes atteintes d’endométriose dans un cercle vicieux de sédentarité. Dit autrement : quand une personne est pliée en deux de douleur, le premier réflexe n’est pas de faire de l’activité physique !

Le programme CRESCENDO sur la pratique sportive et l’endométriose

Nous avons mené une étude, baptisée programme CRESCENDO pour « aCRoitre le Sport et l’Exercice pour Combattre l’ENDOmétriose ». Dans la première partie de cette étude nous avons mené une enquête par questionnaire auprès de 470 personnes (âge moyen de 31 ans, écart type de 10 ans). Près de la moitié d’entre elles (47 %) était atteinte d’endométriose.

Les résultats du questionnaire n’ont révélé aucune différence dans les niveaux d’activité physique légère (exemple la marche), modérée (exemple le jogging) et vigoureuse (exemple le trail ou le sprint) entre les femmes atteintes d’endométriose et celles qui ne le sont pas.

Néanmoins, d’autres différences ont été mises en évidence. Les femmes atteintes d’endométriose montrent une motivation plus importante envers l’activité physique, c’est-à-dire qu’elles ont intégré le fait que l’activité physique peut être bénéfique. Elles ne pensent pas que l’activité puisse présenter un danger pour elles.

Cependant, elles se perçoivent comme n’étant pas libres de pratiquer quand elles le souhaitent (faible contrôle comportemental). Leur état de santé apparait comme l’obstacle le plus important à leur pratique. Elles ont un score plus élevé de frustration des besoins de compétence et de proximité sociale. Autrement dit, lorsqu’elles font de l’activité physique, elles se sentent davantage incompétentes et rejetées par les autres.

De même, lorsqu’on les interroge, elles pensent que les femmes malades, comme elles, manquent d’intérêt et d’habiletés pour l’activité physique. Les effets secondaires sont également un frein. Les analgésiques (ou antidouleurs), par exemple, peuvent causer des problèmes d’estomac, des nausées, des maux de tête, des vomissements, de la fatigue, des vertiges et des changements de pression artérielle. Quant à la thérapie hormonale, elle peut induire des problèmes de sommeil, de l’anxiété, de la dépression et des douleurs articulaires.

Des premiers résultats à confirmer sur la fatigue, le bien-être et la douleur

Nous avons ensuite construit et testé notre programme sur dix femmes volontaires en leur proposant plusieurs types d’activités physiques adaptées, pratiquées à différentes intensités.

Les séances axées sur la mobilité et le stretching (c’est-à-dire des activités dites « douces ») semblent avoir davantage de bénéfices sur la douleur par comparaison avec les séances d’activités de renforcement musculaire ou cardiovasculaires. Mais ces deux dernières ont donné de meilleurs résultats quand elles étaient pratiquées ensemble pour améliorer la fatigue et le bien-être.

En résumé, les résultats globaux (tous types d’activités confondus) suggèrent une amélioration significative de la douleur et une tendance à l’amélioration de la fatigue et du bien-être. Chaque personne semble réagir différemment en termes de perception et de tolérance à la douleur suivant les types d’efforts et de séances, mais également suivant les moments du cycle, de la journée ou d’autres facteurs non pris en compte dans notre analyse.

Quoiqu’il en soit, les résultats n’ont montré aucun effet délétère de l’activité physique pour les personnes atteintes d’endométriose. Atténuer la douleur est donc un enjeu crucial dans les objectifs d’accompagnement de l’endométriose par l’activité physique.

Ces conclusions ont par la suite permis d’améliorer le programme CRESCENDO et de proposer une étude à plus grande échelle, étude toujours en cours actuellement.

Pour l’heure, privilégier la mobilisation du bassin et l’assouplissement

Bien que la pratique de l’activité physique puisse sembler impossible voire contre-intuitive à une personne qui éprouve des symptômes douloureux et de la fatigue, comme dans l’endométriose, elle peut être conseillée et encouragée, à condition que cette activité physique soit personnalisée et adaptée aux douleurs et à la forme physique.

Postures pour soulager les douleurs d’endométriose et des règles proposées par Géraldine Escriva-Boulley, chercheuse à l’Université Haute-Alsace

https://e-diffusion.uha.fr/media/videos/562795ca829f30cd6eda18ecce45492ca5354594232145b89b6f3cd819a15589/4838/1080p.mp4#t=1

Quant aux personnes, atteintes par cette pathologie, qui ne ressentent pas ou peu de douleurs, y compris pendant la pratique, elles peuvent faire tous types d’activités sans limitation ou contre-indication particulière.

Toutefois, les activités « douces » et sans impact, autour de la mobilisation du bassin et l’assouplissement, comme dans certaines pratiques de yoga doux (Yin et Hatha yoga), sont à privilégier lors des pics et des périodes de douleurs.

Faire de l’exercice régulièrement peut aider à lutter contre l’inflammation qui peut dégrader le système nerveux périphérique et central et rendre plus vulnérable à la douleur chronique. Dans certains cas, l’inflammation chronique peut notamment entraîner des lésions tissulaires et la détérioration des tissus, le plus souvent à cause d’une réponse immunitaire inappropriée.

L’objectif est donc de conserver au maximum le mouvement au quotidien, de constituer des routines modulables en fonctions des symptômes, en s’observant et en apprenant à se connaître au fur et à mesure de sa pratique.

Se faire accompagner par des professionnels de santé et de l’activité physique

Au besoin, chaque personne peut se faire accompagner par des professionnels de santé (gynécologues, sages-femmes…) comme des professionnels de l’activité physique (enseignants en activité physique adaptée, kinésithérapeutes…) pour reprendre, adapter ou co-construire des routines personnalisées.

De plus en plus d’activités « douces », en présentiel ou en vidéos live, sont également proposées par des associations, des salles de sport, les éducateurs sportifs ou bien des enseignants certifiés dans certaines disciplines comme le yoga.


Le programme CRESCENDO a reçu un financement de l’Association française de lutte contre l’endométriose EndoFrance. Il est également soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

Marie-Anne Jean, Ingénieure d’étude – Enseignante en APA, Université de Haute-Alsace (UHA); Géraldine Escriva-Boulley, , Université de Haute-Alsace (UHA) et Tracy Milane, Ingénieure d’étude, Université de Haute-Alsace (UHA)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

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