Le rythme du réchauffement climatique s’accélère. Les changements sont généralisés, rapides, affectent toutes les régions du monde, et s’intensifient. Est-il trop tard pour agir ? Non ! martèle le climatologue Christophe Cassou, directeur de recherche au CNRS, et co-auteur du 6ème rapport du GIEC sur les bases physiques du changement climatique

La planète s’est déjà réchauffée de + 1,2° C depuis le début de l’ère industrielle. Est-il encore possible de ralentir cette marche en avant ?

Christophe Cassou : « Tout n’est pas perdu ! Le système climatique réagirait de manière assez rapide à des actions de réduction des gaz à effet de serre (GES). Son inertie est loin d’être aussi importante que ce que l’on croyait. Par exemple, réduire les émissions de méthane serait extrêmement efficace, et détectable climatiquement parlant en quelques années. Pour rappel, le méthane à une durée de vie dans l’atmosphère de 10 à 15 ans, et un pouvoir réchauffant environ 80 fois plus fort que le CO2.

Empêcher a minima les fuites de méthane des systèmes de production et de distribution de pétrole et de gaz naturel, ainsi que des mines de charbon, permettrait de réduire d’environ 40 % ce type d’émissions. La bonne nouvelle, c’est que nous savons où sont les fuites et comment intervenir. Il s’agit principalement d’une question de coût et de volonté politique. Réduire nos émissions de méthane permettrait de lutter très efficacement contre le réchauffement climatique à court terme, et d’améliorer la qualité de l’air car ce gaz joue le rôle de catalyseur pour l’ozone. Autre co-bénéfice attendu : une plus grande sécurité alimentaire par l’amélioration des rendements agricoles, impactés par les fortes concentrations d’ozone. En Europe, les chutes de rendement peuvent aller de 3 à 20% suivant les récoltes, un peu plus encore en Asie du Sud-Est. »

Que faudrait-il faire pour contenir le réchauffement en dessous de 2°, seuil inscrit dans l’Accord de Paris ?

Christophe Cassou : « La seule option pour limiter le réchauffement climatique est d’atteindre la neutralité carbone, souhaitable à l’horizon 2050. À l’inverse du méthane, le CO2 a une durée de vie de plusieurs milliers d’années, et il s’accumule dans l’atmosphère. Chaque tonne de COsupplémentaire contribue à une fraction de degré supplémentaire et à des risques croissants et menaçants. Il faut donc stopper cette accumulation. Cela implique de réduire de 80% environ nos émissions de carbone, tout en s’armant de techniques permettant la capture des émissions résiduelles. Ces techniques sont aujourd’hui au stade de prototype pour la plupart, et on ne peut pas compter sur elles seules.  

Si nous arrêtons demain les émissions nettes de CO2 dans l’atmosphère, alors la température globale se stabilise immédiatement. Corolaire important : le réchauffement des prochaines années n’est pas lié à une quelconque inertie géophysique mais à l’inertie des sociétés humaines à sortir de l’usage des énergies fossiles. La mollesse des gouvernants ou des décideurs, qui s’accompagne aussi d’une forme de cynisme pour maintenir le statu quo et certains intérêts particuliers, représente le principal frein à l’action. Ils portent l’entière responsabilité des risques futurs. »

Pourquoi est-il important d’agir sans tarder ?

Christophe Cassou : « L’intensité et la fréquence des événements extrêmes sont proportionnels au niveau de température globale de la planète. Chaque fraction de degré supplémentaire de réchauffement majore donc les risques auxquels ces événements exposent les sociétés humaines et les écosystèmes, avec des seuils d’irréversibilité déjà atteint pour certains.

L’homme est responsable en intégralité du réchauffement climatique en cours, c’est un fait scientifique établi. Nous sommes aussi intégralement en capacité d’agir pour le futur. Les scientifiques ont fait leur job, celui d’informer et d’alerter, il appartient aux politiques de mettre en œuvre des actions immédiates, fortes et soutenues dans le temps. L’ampleur des changements de demain dépend des choix que nous faisons aujourd’hui. »

Alexandrine Civard-Racinais

A savoir

L’atténuation désigne l’ensemble des politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre incluant le renforcement des puits (ou absorptions) de carbone. En agissant sur les causes du changement climatique, l’atténuation vise à le limiter et à en éviter les effets les plus graves.

• A lire

Christophe Cassou et Valérie Masson Delmotte, « Parlons climat en 30 questions« , La Documentation Française, 2023.

Avec le soutien du ministère de la culture

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