Des scientifiques de l’équipe de neuro-éthologie sensorielle du Centre de recherche en neurosciences de Lyon ont démontré que les chiennes peuvent déterminer quels soins apporter à leurs chiots. Le tout en écoutant les gémissements de chaque membre d’une portée. Une étude qui ouvre de nouvelles perspectives sur la compréhension de la cognition animale

Qui peut résister aux gémissements de chiots. Cela vous traverse le corps. Et qui a eu des chiens peut en témoigner : dès qu’ils entendent ces miaulements même au loin,  ils sont aguets et cherchent à rejoindre leur petits congénères.

Certains, par anthropomorphisme, sont d’ailleurs tentés de rapprocher ces gémissements des pleurs de nos bébés. Si les parents ne comprennent pas pourquoi les bébés chouinent et sont impatients d’entendre leur enfant parler pour savoir ce qui ne va pas, les mères des chiots, elles, savent décrypter les jappements de leur progéniture.

C’est ce que vient de démontrer une équipe du Centre de recherche en neurosciences de Lyon, plus exactement du laboratoire de neuro-éthologie sensorielle.

Chaque portée a sa propre signature vocale

Pour comprendre à quoi servent ces jappements, ils ont procédé par analyses acoustiques. Ils ont alors enregistré pas moins de 4400 gémissements auprès de 220 chiots de 40 portées distinctes.

Ensuite, les scientifiques qui ont publié les résultats de leur étude dans la revue PNAS ont diffusé des gémissements resynthétisés aux mères. Ils expliquent dans l’étude : « nous avons montré qu’elles accordaient plus de soins à leurs portées et étaient plus susceptibles de transporter le haut-parleur émetteur jusqu’au nid, en réponse aux variantes de gémissements provenant de leurs propres chiots plutôt que d’étrangers. »

Chacune des portées a une signature vocale spécifique et en son sein chaque chiot a la sienne. Le communiqué du CNRS qui accompagne la sortie de l’étude précise : « Les pleurs des chiots peuvent transmettre aux mères des informations importantes leur permettant d’identifier acoustiquement leurs chiots et d’évaluer ce dont ils ont besoin. »

Les mères peuvent ainsi identifier quel chiot gémit, l’intensité, son âge et donc le soin à apporter.

« Impossible de savoir pourquoi un bébé pleure »

Nous, humains, nous sommes loin d’avoir la même compréhension des pleurs des bébés. Mais bon, entre 1 et 2 ans, il va acquérir la parole. Ouf.

Pour autant comme la comparaison est tentante, Nicolas Mathevon qui travaille sur les pleurs des bébés humains et qui a participé à cette étude canine explique dans une précédente étude d’octobre 2023 publiée dans Nature : « Nous n’avons pas identifié d’information quant à la cause des pleurs : il semble ainsi impossible de savoir pourquoi un bébé pleure rien qu’en l’écoutant.» L’intensité des pleurs renseigne en revanche sur l’urgence à intervenir.

Cette nouvelle étude sur les chiens est une nouvelle pierre pour l’édifice de la compréhension du comportement animal et de son intelligence. Pour David Reby, « ce comportement assez surprenant nous interroge sur la capacité des mères à former une représentation mentale de leurs petits et ouvre de nouvelles perspectives de recherche en cognition animale ».

Alexandre Marsat

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