Le nombre de cas de coqueluche a déjà atteint les 6000 cas. Or cette maladie respiratoire peut être très dangereuse voire mortelle pour les enfants et les personnes âgées. Le point avec Charles Cazanave, médecin infectiologue au CHU de Bordeaux

Pourquoi assiste-t-ton à un pic de coqueluche ?

Charles Cazanave : La coqueluche évolue par pic épidémique à l’image de beaucoup de maladies respiratoires. Et ce par vague de 5 ou 6 ans, le dernier pic était d’ailleurs en 2017-2018. Cette année, cela explose de manière exceptionnelle car nous en sommes déjà à 6000 cas depuis cet hiver.
On peut l’expliquer par la perte d’immunité collective avec la Covid-19 mais ce qui n’est pas clair c’est que les personnes sont censées être immunisées par la vaccination même si la couverture n’est pas optimale.

Il est possible que cette souche soit particulière, plus transmissible et virulente.
L’amélioration du test de diagnostique, plus accessible, qui est un PCR au niveau du nez détecte évidemment plus de cas de coqueluche.
Tour cela nécessite d’être confirmé par les études en cours.

Quels sont les symptômes de la coqueluche ?

Charles Cazanave : Il y a une phase d’incubation, après un contact, d’environ 10 jours. Puis des premiers symptômes modérés avec un écoulement nasal, souvent confondus à cette période avec des rhinites allergiques, pendant 8 à 15 jours. Et enfin la phase paroxystique avec la fameuse la toux dite « en chant de coq ».

Cette toux peut être très importante et ces quintes peuvent entraîner des vomissements, des suffocations voire des apnées chez les plus petits. Cela va durer au moins 7 jours. Pendant la phase de convalescence, la toux va continuer pendant 3 ou 4 semaines. Là, on peut se dire que c’est la coqueluche mais c’est trop tard pour poser le diagnostic.
On ne trouvera plus la bactérie mais elle aura fait suffisamment de dégâts pour entraîner une inflammation, comme un équivalent d’asthme.

Ce sont donc des symptômes très respiratoires. Et chez les plus petits, dans les formes les plus graves, il peut y avoir des apnées avec déficit d’oxygénation. Les enfants deviennent « bleus ». Et dans de très rares cas, il y a alors des atteintes neurologiques, soit des convulsions soit des troubles de l’oxygénation du cerveau avec des petites séquelles. Si on ne les prend pas en charge suffisamment tôt, s’ils n’arrivent pas à récupérer leur respiration, ils peuvent en mourir.

Comment pouvons-nous prévenir et soigner la coqueluche ?

Charles Cazanave : L’un des premiers moyens d’éviter la maladie est la vaccination. Elle est d’ailleurs obligatoire pour tous les enfants nés à partir de 2018 qui reçoivent trois injections à partir de l’âge de 2 mois. On est à 95% de vaccination. Mais les enfants de 0 à 2 mois ne sont pas vaccinés et sont exposés, c’est pourquoi on recommande désormais fortement aux femmes enceintes de se faire vacciner au 2ème trimestre, et à chaque grossesse, pour donner des anticorps aux nourrissons. Les rappels sont recommandés tous les 20 ans, à 25 ans ; puis 45 puis 65 ans, pour les personnes exposées (personnels soignants par exemple) ou à risque. On peut aussi conseiller aux grands-parents qui vont garder les petits-enfants d’être à jour car l’immunité s’amenuise dans le temps.

Si on a un cas confirmé, il doit s’isoler. Puis il faut dépister les cas contacts. S’il y a des cas groupés, le médecin peut se faire aider par l’Agence régionale de santé (ARS). On diagnostique cette maladie bactérienne par test PCR dans les 21 premiers jours du début de la toux typique.

On administre le traitement par antibiotique au début de la maladie, le plus tôt possible pour diminuer la charge bactérienne. Et donc le risque de contagiosité d’un cas à un autre.

Propos recueillis
par Alexandre Marsat

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