Curieux.live se penche sur le racisme. Selon cette idéologie, l’espèce humaine serait composée de plusieurs races différentes, certaines « supérieures », d’autres « inférieures ». La science a montré que cela est faux. Explications de Gilles Boëtsch, anthropobiologiste et directeur de recherche émérite du CNRS

Les Français sont-ils de plus en plus racistes ? Il semblerait que oui, si l’on en croit le rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) publié le 20 juin 2024. Il est fondé sur des entretiens menés en face-à-face auprès d’un échantillon représentatif de 1210 personnes. Le rapport montre que l’indice de tolérance, qui mesure chaque année l’évolution des préjugés chez les Français sur une échelle de 0 à 100 a fléchi de 3 points en un an, pour atteindre 62.

La tolérance recule à l’égard de toutes les minorités, mais la plus forte baisse concerne les juifs (68 sur 100, contre 72 sur 100 l’année passée). Le baromètre établit aussi que 51 % des Français considèrent qu’« aujourd’hui en France, on ne se sent plus chez soi » (en hausse de 8 points par rapport à 2022), tandis que 56 % approuvent l’idée qu’ « il y a trop d’immigrés en France » (+ 7 points par rapport à novembre 2022). Par ailleurs, selon le baromètre annuel sur l’image du RN, publié par Le Monde et Franceinfo en décembre 2023, 41 % des Français pensent que le RN représente un danger pour la démocratie, soit le niveau le plus faible depuis 1984.

La tolérance recule, les actes racistes augmentent

Dans le même temps, les actes racistes explosent : + 32% en 2023, selon les données du ministère de l’Intérieur*, en particulier les actes à caractère antisémite. Mais qu’est-ce que le racisme ? Gilles Boëtsch, anthropobiologiste, directeur de recherche émérite au CNRS, qui a travaillé sur l’anthropologie coloniale et le racisme et écrit plusieurs ouvrages sur le sujet**, indique : « Le racisme part du postulat de l’existence de races au sein de l’espèce humaine. Et cette idéologie considère que certaines catégories de personnes seraient intrinsèquement supérieures à d’autres. Elle s’est particulièrement développée au XIXe siècle, époque où les scientifiques ont cherché à classer les humains en races, en se basant sur la couleur de la peau, la texture des cheveux, la forme du crâne… Aujourd’hui, notamment grâce à la lecture intégrale du génome humain, on sait que le concept de race humaine est dénué de fondements scientifiques. La race est un objet social construit mais pas un objet biologique contrairement à ce que pensent ceux qui se basent sur l’apparence ce qui n’est pas la réalité. »

Une seule espèce humaine : Homo sapiens

Certes, il existe des races de chiens, de cochons, de vaches, mais pas de races humaines. Nous partageons tous les mêmes gènes, nous faisons partie d’une seule et même espèce : Homo sapiens. Nous sommes tous très proches sur le plan biologique bien que différents physiquement et culturellement, comme l’avait si bien montré l’exposition à succès « Tous parents / tous différents » réalisée par le généticien André Langanay*** et présentée au Musée de l’Homme de 1990 à 2015. Les personnes racistes n’acceptent pas les différences de l’autre contrairement aux humanistes.

L’électorat du RN : classes populaires, non diplômées et rurales

Quel est le portrait type d’un électeur du RN ? « Ce parti n’a jamais eu un « électeur type », mais il a toujours eu des bastions traditionnels », répond la politiste Nonna Mayer, directrice de recherche émérite au CNRS, rattachée au Centre d’études européennes et de politique comparée de Sciences Po, dans un article du Monde.

Le FN puis le RN perce dans les classes populaires et non diplômées : 54 % des ouvriers et 40 % des employés ont choisi le RN aux européennes, et 57 % et 44 % aux législatives ; le vote d’extrême droite concerne 49 % des non-bacheliers, contre seulement 22 % des titulaires d’un bac + 3. Lors des européennes et du premier tour des législatives, 30 % des retraités ont aussi voté RN.

Au niveau géographique, le RN concernait surtout les grandes agglomérations et les banlieues jusqu’en 2002 où il s’est déplacé vers les villes moyennes, puis le monde rural. Le soutien au RN atteint 28 % dans les villes de plus de 200 000 habitants contre 40 % dans les communes rurales de moins de 200 habitants. Enfin, l’électorat se féminise aussi : désormais il n’y a plus de différence liée au genre au sein de l’électorat RN.

« Malgré ce que les partis d’extrême droite tentent de faire croire, le racisme et le rejet d’autrui n’est pas la solution aux problèmes économiques et sociaux : il divise et fractionne l’humanité. Il est source de conflits qui peuvent déboucher sur une guerre. Souvenons-nous du Troisième Reich ! », conclut Gilles Boëtsch.

Florence Heimburger

*Le service statistique ministériel de la sécurité intérieure

**Co-auteur avec l’historien Pascal Blanchard de « Sexe, race et colonies », éd. La Découverte (2018)

*** André Langanay est généticien spécialiste de l’évolution et de la génétique des populations et vulgarisateur scientifique.

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