Est-ce qu’il y a trop d’argent dans le football ? A contrario des idées reçues, Richard Duhautois trouve une logique dans l’argent brassé par le sport le plus populaire au monde. Et le relativise au niveau mondial. Interview

Économiste, chercheur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), Richard Duhautois propose, (avec son collègue Luc Arrondel, CNRS), une approche purement pragmatique du football et de son économie. Débarrassée de jugements moraux, considérant ce secteur comme tout autre secteur économique. Une autre façon de voir le foot.

Ce qui choque, ce sont les salaires des joueurs que l’on juge indécents ?

Richard Duhautois : Le marché du travail des footballeurs ressemble aux autres. Hormis les hyperstars, cinq ou six joueurs dans le monde, des superstars, quelques dizaines… Mais le reste des joueurs du Big Five [les cinq principaux championnats européens : Angleterre, Allemagne, Espagne, Italie et France] ont des salaires corrects compte-tenu que leur carrière est courte. Et dans le reste du monde, 50% des joueurs gagnent moins de 1000 dollars par mois.

C’est la même chose pour les transferts : on parle des 220 millions de Neymar mais 15% seulement des transferts sont payants. Et très peu dépassent les 5 millions d’euros. Les autres joueurs sont transférés soit libres, soit en prêt. En fait, on est concentré sur quelques joueurs et championnats qui ne sont pas représentatifs.

Est-ce que l’économie du football n’est pas une bulle, déconnectée des réalités économiques ?

Richard Duhautois : Une bulle, c’est s’il y a déconnexion entre la réalité des actifs et leur valorisation. Dans le football, à un moment donné, les télévisions mais aussi les sponsors ont donné de plus en plus d’argent mais il n’y a pas déconnexion pour autant.

Ce qu’il se passe actuellement au niveau des droits télé en France [la ligue de football demandait 1 milliard d’euros sur cinq ans aux diffuseurs pour l’exclusivité des matchs du championnat et aucun n’a répondu favorablement], c’est « est ce que la Ligue 1 vaut réellement un milliard » ? Or le prix du spectacle ne le vaut pas. Tous les spécialistes s’accordent sur 600 millions. C’est une question d’offre et de demande : la Premier League anglaise, compte-tenu de ses retombées nationales et internationales vaut 6 milliards et elle les obtient.

Le plafonnement des salaires est-il une solution ?

Richard Duhautois : Sûrement pas. Cela se fait dans les ligues fermées comme aux États-Unis où les équipes sont protégées, où il n’y a pas de montées et de descentes et où l’on s’arrange pour équilibrer les équipes pour que ce ne soient pas toujours les mêmes qui gagnent. Les propriétaires cherchent un équilibre compétitif : la rente de propriété doit être à leur avantage. En Europe, avec des ligues ouvertes, ça va être compliqué parce qu’on ne sait pas à quel niveau plafonner dans tous les pays.

Les filles sont elles condamnées à être éternellement plus mal payées ?

Richard Duhautois : Les différences entre les salaires s’expliquent par la différence entre les droits télé qui sont 100 fois supérieurs pour les hommes. Comme entre le rugby et le foot. On peut critiquer, on peut dire qu’il y a des raisons historiques à cette inégalité mais il se trouve juste que le gâteau ne fait pas la même taille. Alors il faut contribuer à faire progresser le foot féminin en améliorant la formation, le recrutement, tous les outils nécessaires pour combler ces inégalités.

Propos recueillis
par Jean Luc Eluard

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