L’île Nouvelle, au large de Bordeaux, un écrin de biodiversité

Pour prolonger les vacances, il est encore temps de faire escale sur l’île Nouvelle. Située dans l’estuaire de la Gironde, cette bande de terre de 6,3 km de long est devenue en quelques années un havre de paix et de prospérité… pour les oiseaux.

 

Quelques minutes suffisent pour rallier l’île Nouvelle depuis la halte nautique de Blaye, sur la rive droite de l’estuaire de la Gironde. Et pourtant, poser le pied sur cette île, ensemencée tant par les sédiments charriés par la Garonne et la Dordogne que par les sables marins apportés par les marées, est déjà la promesse d’un voyage insolite.

Un temps exploitée par les hommes, cette étroite langue de terre est devenue le paradis des oiseaux. On y glane des plumes ramassées tout au long du sentier de 3 km qui fait le tour de la partie sud de l’île. « Ce sont des plumes de faisans », décrypte Johanna Bernetière garde naturaliste au département de la Gironde, gestionnaire du site (voir encadré pour les visites). Ces plumes témoignent d’un temps où l’île Sans Pain était peuplée d’Ilouts, venus cultiver cette terre gagnée sur l’estuaire. « Ils avaient lâchés des faisans pour pouvoir les chasser ».

La vigne connut ici un âge d’or, avant de péricliter et d’être détrônée par le maïs. Les derniers habitants ont quitté l’île en 1973, les faisans sont restés…

Un casier à maïs devenu un marais

Passe un couple de cygnes, suivi de cinq jeunes. La digue sur laquelle nous cheminons délimite un marais (casier) isolé de l’estuaire et alimenté par une écluse. Des roselières et toutes sortes de plantes hydrophiles, communes ou rares, s’y épanouissent, pour le plus grand bonheur des oiseaux d’eau qui avaient déserté le site à partir des années 70 faute d’habitat favorable. Mais les temps ont changé et la nature reprend peu à peu ses droits. On peut y observer pas moins de « 109 espèces d’oiseaux dont 43 se reproduisent sur le site ». C’est le cas de la spatule blanche ou de l’échasse blanche qui disposent de peu de sites de reproduction en Gironde.

Cette famille de cygnes trouve ici le gîte et le couvert. PHOTO DR ACR

Un ancien jardin anglais pour berceau

Caché dans la roselière, un héron pourpré s’envole lourdement à notre approche. Ce grand échassier, moins commun que le héron cendré, fait partie des espèces emblématiques de l’île. Une trentaine de couples de hérons pourprés et cendrés, cent couples d’aigrettes garzettes et 25 couples de spatules ont ainsi transformé plusieurs grands arbres en pouponnière géante. On peut les observer ou les entendre en périphérie de la roselière ou près du village, dans ce qui était jadis un jardin anglais destiné à la quiétude du régisseur de l’île.

 

Le sud de l’île est couvert d’un boisement alluvial composé majoritairement de frênes, de saules blanc, d’aulne glutineux. PHOTO DR ACR

Une forêt aux arbres racines

A l’extrême sud de l’île, une passerelle en bois permet de faire une incursion dans la forêt alluviale baignée par l’estuaire. Une odeur de menthe aquatique et de bois mouillé flotte dans l’air. Cette forêt aux airs de mangrove abrite notamment la Nivéole d’été et l’œnanthe de Foucaud, espèces protégées à l’échelle nationale. « A terme, cette partie de l’île a vocation à disparaître », grignotée par le jusant (la marée descendante) qui prélève sa dime de terre à chaque passage. Ici, l’estuaire dicte sa loi.

Alexandrine Civard-Racinais

 

Histoire d’une île… nouvelle

Née de la fusion des îles Bouchaud et Sans-Pain (apparues pour la première fois sur une carte en  1825), l’île Nouvelle a été endiguée par les hommes, puis exploitée de 1850 jusqu’au début des années 90. Devenue propriété du Conservatoire du littoral en 1991 (et gérée par le Département de la Gironde), elle fait actuellement l’objet d’un processus de renaturation suivi de près par les scientifique

A lire : Pour en savoir plus sur les îles de l’estuaire de la Gironde, le lecteur curieux pourra se reporter au Guide de l’estuaire de la Gironde, d’Alexandrine Civard-Racinais (Sud-Ouest Editions).

A savoir : prochain temps fort (et gratuit) les 21 et 22 septembre 2019. A l’occasion des Journées du Patrimoine 2019, « Regards croisés, sur l’Île et à la Citadelle de Blaye » l’île se visite. Informations et Inscriptions sur réservation auprès du Domaine de Certes : 05 56 82 71 79 – domaine-certes@gironde.fr