Orgasme : les animaux (eux-aussi) simulent-ils ?

Une question à Thierry Lodé, écologue et spécialiste de la sexualité animale. En septembre 2019, il a publié une brève histoire naturelle de l’orgasme dans la revue Frontiers in life science.

 

« Imaginez, même les poissons simulent », dit en riant Thierry Lodé. « Plongez dans une rivière à saumon et observez la scène : monsieur pousse et harcèle madame pour qu’elle ponde ses œufs. Sauf que là, madame ne veut pas. Alors elle remue un peu le dos et fait semblant de bouger les cailloux. Le message est clair : j’ai joui. Le mâle, dans sa précipitation arrose les cailloux de ses spermatozoïdes. Et c’est un coup dans l’eau… »

Pas de pénis ou de clitoris, pas d’orgasme ! « Cette théorie est fausse ! », réplique notre expert. Les espèces à fécondation externe, comme les poissons ou les amphibiens profitent aussi de cet apogée sexuel. Heu, mais comment ? L’expulsion des cellules reproductrices (ovules chez la femelle et spermatozoïdes chez le mâle) est en quelque sorte le « bouton » déclencheur qui active la région cérébrale de la récompense, celle du plaisir. Si, si, c’est prouvé !

La guerre des sexes continue

Au début de l’évolution, les mâles ont dû demander l’accord de madame pour se reproduire. « Cela ne les a pas empêché de tricher de toutes les manières possibles», ajoute notre écologue. « Prenez l’invention du pénis chez les mammifères ». C’est un « droit au but » qui se passe de consentement. Faut-il alors s’étonner de voir répliquer les femelles avec leur stratégie du faux orgasme ? Que nenni répond Thierry Lodé, « C’est un comportement de résistance qui a été développé pour n’être fécondé que par le mâle qu’elles ont choisi. »

Le plaisir, moteur de l’évolution

« L’orgasme est le résultat d’une très longue histoire naturelle des relations sexuelles entre mâles et femelles, conclue Thierry Lodé. « Ce qui est clair, c’est qu’il y a eu décorrélation entre l’activité sexuelle et la fécondation au moment de l’apparition de la fécondation interne. Notre chercheur en est convaincu, le plaisir (et donc l’orgasme) est une stratégie gagnante pour s’échanger les gènes les plus diversifiés. »

Comme quoi, le plaisir est aussi moteur de l’évolution !

Sophie Nicaud

 

L’évolution de l’orgasme en 3 étapes 

Flash back : Retour au moment de l’apparition de la fécondation interne et de la viviparité.
1 : Au début était l’orgasme, un réflexe primitif lié à l’éjaculation chez les hommes et à l’expulsion des liquides des glandes ovariennes et urétrales (Skene) chez les femmes. Eh, oui, fini le dilemme entre l’orgasme clitoridien ou vaginal.
2 : Le passage à la fécondation interne s’est accompagné chez de nombreuses espèces d’une diminution du taux de reproduction. L’orgasme aurait évolué pour stimuler l’activité sexuelle. Quelle chance, vive la fécondation interne !
Et de 3 : Les liquides (et protéines) sexuels féminins favoriseraient la fécondation en faveur des hommes préférés. L’orgasme pourrait promouvoir un meilleur choix de partenaire. Bon, sachez qu’il existe d’autres alternatives chez l’homme (et la femme).
(D’après l’article «A brief natural history of the orgasm »)

 

À lire : La guerre des sexes chez les animaux de Thierry Lodé, aux éditions Odile Jacob

Image par Michael Siebert de Pixabay