Le Covid-19 peut-il être moins virulent avec les beaux jours ?

Les conditions climatiques, notamment des températures plus élevées et moins d’humidité, peuvent-elles avoir une influence sur la virulence et la transmission du Covid-19 ? L’éventuelle saisonnalité du virus interroge.

Trop récemment apparu, le Covid-19 n’a pour l’instant fait l’objet d’aucune étude sur l’influence possible des conditions climatiques. L’Organisation mondiale de la santé, met pourtant en garde contre des idées reçues dont l’une arguant que le froid et la neige peuvent tuer le virus.

« La température normale du corps humain reste aux alentours de 36,5°C et 37 °C, quels que soient la température ou le temps extérieur. Par conséquent, il n’y a aucune raison de croire que le temps froid peut tuer le nouveau coronavirus ou d’autres agents pathogènes », indique l’OMS. De même, elle rappelle que « le Covid-19 peut être transmis dans toutes les régions du monde, quel que soit leur climat. En effet, malgré certaines rumeurs, ce n’est pas parce qu’une zone est chaude et humide que le virus ne pourra pas s’y développer ».

Le Covid-19 peut survivre jusqu’à 56° C

Il suffit en effet de jeter un coup d’œil sur une carte de l’évolution de la pandémie dans le monde pour voir qu’aucune zone géographique n’est épargnée par le Coronavirus, quels que soient sa latitude ou son climat. « Globalement, des pays chauds comme en Afrique semblent moins touchés, mais on ne sait si cela est lié au climat ou à une sous-estimation des chiffres de contamination ou un décalage dans le temps de l’épidémie. On voit également qu’en Amérique Latine, qui peut avoir des températures similaires à l’Afrique, le Covid-19 est bien présent », estime le Pr Daniel Camus, médecin épidémiologiste de l’Institut Pasteur de Lille.

Par ailleurs, les chercheurs sont formels sur ce point : le Covid-19 ne meurt qu’à partir de 56° C. Il peut donc vivre librement dans la nature même si les températures extérieures sont très élevées.

Généralement, les virus se sentent mieux dans le froid

Pour autant la question de la saisonnalité éventuelle du virus peut légitimement se poser. Nombre d’infections virales respiratoires, dont les grippes, sont en effet plus particulièrement virulentes en hiver. (Elles ne disparaissent pas pour autant le reste de l’année). « Oui, généralement les virus se sentent mieux dans le froid. Sous les tropiques, nous ne constatons pas de grands phénomènes épidémiques viraux. Les virus à transmission aérienne se sentent mieux en hiver et nous, les hommes, avons un système immunitaire affaibli, moins performant, durant ces périodes froides et moins lumineuses. La concomitance des deux explique la saisonnalité de certaines épidémies ; les facteurs dépendant plus de l’hôte que du virus », ajoute le Professeur Daniel Camus.

Saisonnalité pour le SRAS-CoV mais pas pour le MERS

Cependant, faute d’études sur le sujet et par analogie, si l’on prend d’autres épidémies causées, elles aussi, par des Coronavirus, on constate que le Syndrome Respiratoire Aigu Sévère SRAS-CoV, qui a émergé en 2003, lui, s’est éteint tout seul à compter du printemps et du réchauffement du climat. Selon Daniel Camus, « on a déduit que son extinction était liée à une influence climatique, mais ce n’est qu’une hypothèse. En revanche, le Syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV), apparu en 2012, lui, continue toujours de sévir au Moyen-Orient et n’est pas du tout lié aux conditions climatiques ».

Des influences plus vastes que la simple température

Pour expliquer la saisonnalité ou non de la virulence des virus, ce serait en fait tout un vaste panel de critères environnementaux qui pourrait jouer en partie ou à la marge. Une recherche menée en 2017, a ainsi étudié les facteurs climatiques sur 157 pathogènes sur l’homme et l’animal. On y découvre que ce n’est pas tant les températures qui peuvent influer sur ces pathogènes, mais d’autres critères plus vastes : moisissures, précipitations pluvieuses, altitude, vent, conditions extrêmes, brusques changements climatiques…. « Tous ces facteurs peuvent entrainer, sur les pathogènes, une modification de la distribution spatiale et des cycles et jouer sur l’incidence de la maladie », ajoute Daniel Camus, qui cite le constat, par les scientifiques, de grippes plus importantes lorsque se produit le phénomène climatique El Niño.

Covid-19 : un impact à la marge sur la transmission par les surfaces extérieures ?

Un rallongement des jours et un temps plus chaud et sec pourraient cependant mettre à mal la durée de survie du Covid-19 présent sur les surfaces extérieures. On sait que le virus peut persister de 24h à 48h ou plus longtemps selon le type de support, « mais il est vraisemblable que le froid conserve davantage les gouttelettes. Avec un temps sec et chaud, ces gouttelettes vont sécher plus rapidement et détruire plus rapidement le virus », estime l’épidémiologiste de l’Institut pasteur, pour qui, si le Covid-19 a une saisonnalité, « nous le saurons bientôt ».

Cette hypothèse d’un virus qui perdrait en puissance aux beaux jours n’est cependant pas sans risques. « En effet, s’il n’y a pas eu un pourcentage suffisant d’immunisation de la population, on pourrait alors subir une reprise de l’épidémie ».

En bref, si le virus s’avèrerait saisonnier, on encourt le risque de le retrouver dans quelques mois, avec l’hiver et le froid.

Marianne Peyri

Image par Free-Photos de Pixabay

Article publié sous le contrôle et la responsabilité
éditoriale du directeur de la publication de Curieux !
Licence CC BY-NC-ND Cet article est sous licence CC BY-NC-ND : Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification