Les compléments alimentaires des sportifs sur la sellette

Ils sont de plus en plus répandus dans le monde du sport. Mais comme ils sont mal contrôlés, les compléments alimentaires peuvent réserver de (mauvaises) surprises. Du dopage positif à des ennuis de santé, ils ne sont pas forcément si inoffensifs que ça.

« Cela peut pas faire de mal, ce n’est que des plantes ! » On connaît le refrain, sauf que les plantes, c’est pas seulement de la laitue… Et c’est bien ce qui trompe souvent les sportifs lorsqu’ils prennent des compléments alimentaires pour avoir les plaquettes de Cristiano Ronaldo ou pour virer un petit excès de graisse à la reprise de l’entraînement. Ces produits ne sont pas anodins, même s’ils sont considérés légalement comme des « aliments » et non comme des « médicaments » et n’ont donc pas besoin d’études trop poussées pour être mis sur le marché.

Dans un rapport d’une centaine de pages, l’ANSES a pointé 49 cas de personnes ayant présenté des effets indésirables suite à la prise de ces compléments entre 2009 et 2016. Ce n’est pas énorme mais ce ne sont que des cas dont il apparaît qu’ils sont presque sûrement liés aux compléments. Mais dans le cas le plus grave, l’agence a noté une hémorragie cérébrale chez un sportif de 21 ans ayant consommé tout à la fois de la DMAA (un stimulant) et de la caféine.

Attention aux mélanges

Et c’est là où il faut être le plus vigilant : si on prend plusieurs compléments alimentaires à la fois. C’est valable pour les compléments à destination des sportifs mais aussi pour les compléments destinés à tous, dont les plus fréquents sont, dans l’ordre, le magnésium, la vitamine B6 et la vitamine C. Une alimentation équilibrée fournit naturellement tout ce dont on a besoin. On peut éventuellement compléter en cas de carence passagère mais en prenant garde à ne pas surdoser en couplant plusieurs compléments en même temps.

Mais chez les sportifs, c’est une véritable épidémie de compléments qui sévit actuellement : un quart des jeunes sportifs en prennent et dans le haut niveau, c’est entre 40% et 99% selon la discipline, les plus concernés étant ceux où la force prime. Mais pas que : le rugby est de plus en plus touché par la prise de créatine.

Manque de contrôle

Le souci, c’est que comme ces substances sont prises sans contrôle médical, on ne peut pas savoir si elles sont déconseillées ou pas, et à qui. Globalement, l’ANSES recommande de s’en passer si l’on présente des insuffisances rénales ou du foie, ou des troubles cardiaques. A priori, si l’on fait du sport, on n’a pas de troubles cardiaques mais on peut en avoir sans le savoir. Les troubles neuropsychiatriques sont également pointés du doigt comme étant susceptibles de dégénérer.

Tout prêt du dopage

Autre danger : les compléments alimentaires achetés sur internet. Le bouche à oreille prétend qu’ils seraient plus efficaces que ceux du commerce classique. Et pour cause ! Un nombre non négligeable d’entre eux contiennent des substances interdites en France et en Europe et pas des moindres : stéroïdes anabolisants, clenbutérol, sibutramine, toute la petite pharmacie du dopage figure dans les compléments. En petite dose mais suffisamment pour se faire gauler lors d’un contrôle ou courir des risques.

Lorsqu’ils ne sont pas dangereux (et la plupart ne le sont pas si correctement utilisés), ces compléments n’ont pas d’effets prouvés… et leur utilisation relève parfois de l’irrationalité. Hors du monde des sportifs, ceux qui sont le plus souvent enclins à en prendre sont statistiquement des gens qui mangent bio et ont un comportement alimentaire équilibré… et n’ont donc pas besoin de le compléter !

Le plus souvent, c’est juste une aide psychologique pour aider à s’entraîner. Alors qu’il suffit de travailler un peu plus sur sa volonté. Et ça, c’est bon tout le temps.

Jean Luc Eluard

Image par Walter Röllin de Pixabay