Littoral atlantique : sur la plage, attention… aux poussins !

Cet été, sur les plages du littoral charentais, girondin et landais, il faudra éviter de marcher… sur des œufs ou des poussins. Car certaines espèces d’oiseaux nicheurs ont profité du confinement des humains en mars et avril pour prendre leurs aises. C’est le cas du Gravelot à collier interrompu, espèce sensible.

Le déconfinement a donné… des ailes aux Français. Les deux premiers week-end post-confinement se sont traduits par une ruée sur les plages du littoral Atlantique « avec une fréquentation digne d’un 15 août », soupire Pascal Cavallin, coordinateur scientifique de l’opération « Sauvez nos poussins » pour le Conservatoire du littoral (voir encadré). Quads, moto-cross et « Fat Bike » (ces vélos à grosses roues) ont également fait leur réapparition sur les plages.

Une plus grande proximité oiseaux/humains

Ce retour brutal et massif des humains sur les littoraux n’est pas sans conséquences pour les oiseaux du bord de mer. De retour de leurs quartiers d’hivernage africains, la plupart des espèces se sont installées sur leurs zones habituelles de reproduction « mais aussi sur de nouveaux espaces », comme la plage des Minimes à La Rochelle où un gravelot a pondu à dix mètres de l’entrée principale.

Le dérangement humain, principale menace

En Charente-Maritime, 50 nids ont ainsi été recensés et 45 protégés par les gardes du Conservatoire du littoral et les bénévoles de la LPO France aidés par l’Office national des forêts. Malheureusement, en dépit des mesures de protection mises en place, «  60 % d’entre eux ont été détruits et les 2/3 de ces pertes sont directement liées aux activités humaines »,  déplore Pascal Cavallin qui appelle à la vigilance de tous, jusqu’au 15 juillet, pour sauver « les 40 % restants ».

Voici l’exemple à ne pas suivre. En présence d’un enclos, éloignez vous en le plus possible et ne cherchez pas à entrer à l’intérieur du périmètre. PHOTO DR Pascal Cavallin / Conservatoire du littoral

Les îles, territoires sensibles !

Le Gravelot à collier interrompu est présent sur toute la façade Atlantique jusqu’aux Landes. En Charente-Maritime, les adeptes de la bronzette sur l’île de Ré ou d’Oléron devront être particulièrement vigilants cet été. Idem pour ceux qui se rendront sur le banc d’Arguin (qui accueille aussi une colonie de Sternes caujek et d’autres espèces d’oiseaux nicheurs), pour y poser leur serviette. « Les plages sauvages sont beaucoup plus sensibles que les plages proches de centres urbains », rappelle Pascal Cavallin.

L’élevage des jeunes gravelots va se poursuivre jusqu’au 15 juillet pour la première nichée et jusqu’au 15 août pour la seconde, voire la troisième nichée. PHOTO Coll. Conservatoire du littoral.

Chaque petit compte

Non volants, les jeunes sont très vulnérables. Si le parent est dérangé, les jeunes peuvent se retrouver exposés à la faim, au froid, à la chaleur et au risque de prédation par les goélands ou les chiens. En France, le Gravelot à collier interrompu figure sur la Liste rouge des espèces en danger. Seuls 1500 couples se reproduisent tous les ans sur nos rivages. Dans ces conditions « chaque jeune vivant à la fin de la saison, c’est du bonus ! »

Alexandrine Civard-Racinais

Photo d’ouverture : Y. Raoul/Coll.Conservatoire du littoral

 

Opération « Littoral 2020 : Sauvez nos poussins! »

[caption id="attachment_10169" align="alignright" width="225"] PHOTO Coll. Conservatoire du littoral[/caption]

Lancé début mai 2020, dans l’urgence , l’appel « Sauvez nos poussins ! « a été lancé par le Conservatoire du littoral, l’Office national des forêts, Rivages de France, la Ligue de protection des oiseaux et de nombreux acteurs de protection de la nature en lien avec l’Office français de la biodiversité. Des mesures de protection spécifiques ont été mises en place dans l’urgence. En fonction du bilan qui en sera fait, cette opération pourrait être reconduite l’an prochain.