Nous aimons nous faire peur

Films d’horreur, sports extrêmes nous attirent. Mais pourquoi aimons-nous éprouver une émotion qui est négative ? Pour une dose d’adrénaline ? Et si se faire peur était aussi une forme d’apprentissage ?

Qui n’a pas lu un Stephen King ou vu et revu Shining de Stanley Kubrick ? Le cinéma d’horreur est devenu un genre, les thrillers se vendent comme des petits pains, le saut à l’élastique est tendance. C’est clair : l’offre répond à un besoin. Décortiquons, le temps d’un apéro, notre cortex afin de sonder cette appétence.

Un shoot d’adrénaline et de dopamine

Se faire peur procure entre plaisir et excitation. Et pour cause, les zones du plaisir et de la peur, logées dans l’amygdale, une zone du cerveau, sont voisines de palier. Enlevez cette partie à une souris et elle fera la danse du ventre devant tous les chats du quartier. Menace en vue ? L’organe libère du glutamate qui court activer le mésencéphale dans le tronc cérébral.

Attention, effets incontrôlables : votre sang se glace ou vous sursautez. En même temps, l’hypothalamus est activé et diffuse de l’adrénaline et de la dopamine dans tout le corps. Tous vos sens sont exacerbés, votre rythme cardiaque augmente. Vous voilà prêts à combattre ou… à détaler comme un lapin !

Et vous, êtes-vous accros à la peur ? Qu’est-ce qui explique que certains le sont plus que d’autres ? Ils ne sont pas équipés de frein. Celui qui, normalement, régule la libération de la dopamine par un système de recapture via les neurones. Le niveau de dopamine est donc plus élevé chez eux, ils éprouvent davantage de plaisir et, du coup, en redemandent.

Les émotions sont moteur de l’apprentissage

« Être ému, c’est donner de la valeur à une expérience vécue », révèle Philippe Vernier, Directeur de l’Institut des Neurosciences à Paris-Saclay. D’après les travaux de W. Schultz en 2007, ce sont les neurones à dopamines du mésencéphale qui coderaient la valeur de chaque nouvelle expérience. Un calcul différentiel entre ce que l’individu attends et ce qu’il reçoit. La peur étant une des six émotions avec la joie, la surprise, le dégoût, la tristesse et la colère, elle participerait donc à notre apprentissage et à la prise de décision.

Eh bien moi, je reprendrai bien un petit module « chair de poule », ne vous en déplaise …

Sophie Nicaud