Raoni contre Bolsonaro : la plainte est née autour du collectif Darwin de Bordeaux

Une plainte contre le président brésilien Jair Bolsonaro a été déposée au Tribunal pénal international de la Haye. Les plaignants : Raoni et Almir Surui, deux chefs de nations indiennes. L’objet : la volonté délibérée du chef de l’Etat brésilien de les détruire, eux et la forêt qui les fait vivre. L’origine de la plainte : le collectif Darwin à Bordeaux

C’est à l’été 2019, dans le jardin de Philippe Barre, que tout se joue. En septembre, le chef indien Raoni est l’un des invités d’honneur du festival Climax, festival eco-citoyen, aussi musical et festif qu’engagé et débatteur. Philippe Barre en est l’un des instigateurs depuis l’origine et il héberge le cacique de la tribu Kayapo : « Il nous a raconté comment ça se passait, la manière dont les peuples autochtones sont traités. Parmi les invités, il y avait aussi William Bourdon et c’est lui qui a estimé que toutes ces atteintes constituaient les conditions légales d’un dépôt de plainte pour crime contre l’humanité. » William Bourdon est, outre l’avocat de Philippe Barre, un juriste spécialisé dans les affaires de droits de l’homme.

Ecocide, esclavage, déplacements de population…

Pour lui, c’est une évidence : depuis sa campagne électorale et encore après son arrivée au pouvoir, Jair Bolsonaro n’a jamais cessé de conspuer les peuples autochtones, d’affirmer sa volonté de s’en débarrasser car ils constituent pour lui une gêne à l’exploitation de la forêt amazonienne qui ne doit pas être préservée. Elle doit laisser place à des surfaces agricoles pour soutenir le développement économique. « Ce faisant, il a amplifié la destruction de la forêt et des peuples qui l’habitent. Dans la plainte, il y a de multiples exemples précis d’exactions. Ne serait-ce que l’écocide avéré qui est un crime contre l’humanité. » Mais également des déplacements forcés de population, des crimes ciblés contre des militants, des mises en esclavage… le dossier est épais.

Pas les gentils contre les méchants

Mais ce n’est pas Darwin Climax Coalitions, l’ONG bordelaise, qui porte la plainte : « Nous sommes une courroie de transmission » entre la justice occidentale et les Indiens de 14 nations avec lesquels elle a discuté pour finaliser le document.

Elle est aussi le relais d’un discours plus vaste et moins manichéen que « les gentils indiens contre le méchant Bolsonaro. » Car si ce dernier veut détruire ce poumon de notre planète qui est aussi le domicile de milliers d’autochtones, c’est aussi pour nourrir l’occident, vorace en soja destiné à l’alimentation animale. Quelque part, nous sommes davantage du côté de Bolsonaro que de Raoni : « Plein de gens sont d’accord intellectuellement. Mais c’est les actes qui comptent. Et tant qu’on aura une alimentation ultra-carnée… », on contribuera à la destruction de la forêt amazonienne.

Les peuples autochtones gardiens de 80% de la biodiversité

Et Philippe Barre cite les chiffres : 75% des surfaces agricoles mondiales consacrées à l’élevage, les peuples autochtones qui constituent 5% de la population mondiale mais sont gardiens de 80% de sa biodiversité…

Autant de notions qui entourent la plainte mais n’en sont pas le cœur, qui demeure très juridique et sera examiné par le TPI pour savoir s’il peut être recevable. Suite à quoi la Cour pourra enclencher des enquêtes internationales, enquêtes qui dépasseront le cadre de la justice brésilienne verrouillée.

Mais d’ores et déjà « cette étape est une première victoire. On va créer une plate-forme citoyenne, Stand by Raoni, pour le soutenir dans sa plainte et son esprit de résistance. » A 90 ans, le chef demeure un symbole… mais aussi un combattant.

Jean-Luc Eluard