Chasse : vers une interdiction européenne des munitions au plomb ?

La saison de chasse vient de se terminer, mais les munitions à base de plomb disséminées dans la nature continuent à semer leurs conséquences néfastes. Fléau pour la faune et les humains, elles devraient être bientôt interdites en Europe. Car les dégâts collatéraux ont de quoi plomber le moral…

L’agence européenne des produits chimiques (ECHA) vient de proposer de bannir l’usage des balles et munitions de chasse* ainsi que des articles de pêche contenant du plomb. « Depuis le temps que les associations de protection de l’environnement sonnent l’alerte, il se passe enfin quelque chose ! », se réjouit Benoit Gangloff, coordinateur scientifique de l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS). En Europe, ces activités disséminent chaque année 100 000 tonnes de ce métal toxique.

Un risque mortel pour la faune

Lors des activités de chasse, seule une petite partie des billes de grenaille tirées atteignent leur cible, le reste se dépose au sol. « Les oiseaux les confondent alors avec de la nourriture ou des petits cailloux qu’ils ingurgitent pour faciliter le broyage de celle-ci dans leur gésier et optimiser leur digestion », commente Benoit Gangloff. L’ingestion d’une seule grenaille suffit à provoquer la mort par empoisonnement d’un oiseau de petite taille.

De leur côté, les animaux charognards ou prédateurs ingèrent par inadvertance des fragments de plomb présents dans les tissus ou les organes internes des cadavres ou proies consommées. « Le plomb s’accumule dans leurs organismes et ils meurent à petit feu ». Qu’il soit primaire ou secondaire, immédiat ou plus lent, l’empoisonnement au plomb fait des ravages au sein de la faune.

« Au moins 135 millions d’oiseaux sont exposés à un risque d’empoisonnement par le plomb dans l’UE ». Source : ECHA

Les oiseaux d’eaux, comme les cygnes et les canards, sont particulièrement concernés par le risque d’empoisonnement primaire au plomb. PHOTO Alexandrine Civard-Racinais

Un danger pour les chasseurs et leurs familles

L’inhalation de fumées et poussières de plomb par les chasseurs, et l’ingestion de fragments microscopiques de plomb lors de la manipulation des munitions ou de la consommation des animaux tués sont tout aussi nocives. En France, l’Anses recommande d’ailleurs de « limiter la consommation de grand gibier sauvage à une fréquence occasionnelle et de l’interdire aux enfants et femmes enceintes ».

L’exposition au plomb est en effet associée à un large éventail d’effets nocifs sur la santé, dont la baisse de la fertilité, les maladies cardiovasculaires, et le cancer. Le plomb est particulièrement néfaste pour le développement physique du fœtus et le développement neurologique des enfants.

« Environ un million d’enfants sont exposés aux effets toxiques du plomb en raison de la consommation de viande de gibier, dans l’UE ». Source : ECHA

Aussi l’ECHA préconise t-elle une interdiction de mise sur le marché et d’utilisation des balles et munitions au plomb (avec une période de transition de dix-huit mois à cinq ans selon les calibres) et son remplacement par des alternatives existantes. Cette proposition soumise le 15 janvier 2021 doit encore être évaluée par son conseil scientifique et technique qui rendra son avis en 2022. Alors seulement les associations de protection pourront crier « Victoire ! » et la faune se nourrir en toute quiétude…

Alexandrine Civard-Racinais

* En France, l’usage des munitions au plomb est déjà interdite dans les zones humides depuis 2006, mais peu suivie d’effets d’après les associations environnementales.