Le plus vieux chêne de Gironde, à Saint-Aubin, un abri de biodiversité

À quelques kilomètres de Blaye et de sa citadelle, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, Saint-Aubin s’enorgueillit de posséder un joyau du patrimoine… naturel. Au lieu dit La Charbonnière, se dresse un chêne pédonculé présenté comme « le plus vieux chêne de Gironde »

« Quand mon aïeul a acheté la propriété en 1879, elle était entourée d’une chênaie destinée à produire du charbon » remplacée ensuite par des vignes. « Ce chêne est seul à ne pas avoir été coupé, car il était déjà trop gros pour être abattu », commente Bertrand Roy qui représente la quatrième génération de viticulteurs sur ce site.

Un arbre vénérable et valeureux

La Livenne toute proche étanche la soif du vieux chêne pédonculé, espèce méso-hygrophile nécessitant une quantité d’eau constante mais sans excès. PHOTOS ACR

Depuis la route, un panneau de bois oriente les pas des randonneurs vers « le plus vieux chêne de Gironde » : 600 ans, selon le site de la commune. Une estimation un exagérée pour l’ethnobotaniste Jean-François Larché, auteur de La Gironde des arbres, qui lui donne 360 ans maximum. Ses 6 mètres de circonférence résultant sans doute davantage de son ancrage sur le bassin versant du ruisseau de Ferchaud que de son avancée en âge… difficile à estimer en se basant seulement sur le relevé de son diamètre. « Ce chêne n’est sans doute pas le plus vieux de Gironde, mais il n’en n’est pas moins intéressant ». Car son âge ne dit finalement rien de sa valeur « Qu’il ait 300 ou 600 ans, respect ! », tranche Bertrand Roy.

Vie immobile, mais bienfaits multiples

« Immobile dans l’espace, cet arbre a traversé le temps et trouvé de nouveaux usages », note Jean-François Larché. Vestige d’une chênaie relique d’un boisement de bordure de la rivière, il est devenu arbre de ferme. Au temps de sa splendeur, il prodiguait une ombre de 32 mètres de circonférence aux hommes et aux bêtes. Les attaques répétées des capricornes du chêne et les sécheresses estivales lui ont fait perdre de sa superbe. Le 14 juin 2019, vers 20 h, la moitié de l’arbre s’est effondrée. « J’en ai été malade pendant deux jours », soupire Bertrand Roy. Une partie de la branche charpentière tombée a permis de fabriquer deux barriques pour l’élevage en fut du Château Haut Vieux Chêne. « C’est une façon de lui rendre hommage ».

Aujourd’hui, le vieux chêne de Saint-Aubin a entamé la dernière partie de son existence. Mais, il continue à prodiguer de nombreux services écosystémiques. « Il fait partie de ces espèces dites ingénieurs qui laissent derrière elles un milieu plus riche qu’avant leur arrivée », souligne Jean-François Larché. Sans compter tous les souvenirs impérissables plantés dans la mémoire des hommes qui l’auront côtoyé.

Alexandrine Civard-Racinais

 

Dis-moi quel est ton âge ?

Plusieurs moyens permettent d’estimer l’âge d’un arbre :

– la comparaison de la succession de ses cernes avec des chronologies avérées ou dendrochronologie, utilisée après l’abattage ;

– le comptage des cernes pour des arbres dont le tronc ne présente pas de grande cavité ;

– la datation au carbone 14, utilisée pour des sujets ou échantillons millénaires ;

– l’estimation par le relevé du diamètre. Cette technique est à pondérer, car les arbres n’ont pas la même croissance et celle-ci diminue avec l’âge comme le souligne Jean-Luc Dupouey, chercheur à l’INRA, dans Le plus vieil arbre (en ligne).