Les surfeurs sont-ils exposés à la pollution chimique des eaux ?

Pendant plusieurs mois, des surfeurs ont glissé sur les vagues du Sud de la France avec, à leurs mollets, des guêtres équipées de capteurs. Leurs missions : recueillir des données sur le degré de pollution des eaux de baignade et des spots de surf

Ils sont une dizaine de volontaires. Des surfeurs du Sud-Ouest de la France mais aussi marseillais. Et oui, la Méditerranée compte de nombreux spots ! Durant toute la saison dernière, de juin dernier au début de l’hiver, soit en moyenne pour chacun une centaine d’heures dans l’eau, ils ont joué le jeu. Comme matériel, outre leurs combis et leurs planches, ils glissaient à leur mollet une sorte de guêtre équipée de deux membres en polymère servant à encapsuler quelques grammes d‘une poudre très spéciale capable de piéger des composés micropolluants.

Fruit d’une recherche menée depuis 20 ans, ces capteurs ont été conçus par le laboratoire EPOC (1) du CNRS et de l’Université de Bordeaux, qui au fil des années, n’a cessé de réduire la taille et le poids de ces échantillonneurs passifs. « Nous les avons créés au départ pour des eaux statiques puis nous les avons testés sur différents supports :  des tortues, mais aussi dans des bénitiers, sur des éponges, des poissons (ce qui n’a pas été concluant), sur des bateaux accrochés à leurs coques, etc. », explique Hélène Budzinski, responsable de l’équipe LPTC au laboratoire EPOC.

Le projet « CURL », qui consiste à utiliser des surfeurs comme supports, est né, lui, avec le soutien du LabEx Cop, sur l’initiative de la Surfrider Fondation Europe, en quête de données sur la qualité des eaux, et de l’Ifremer (2) dont une équipe travaillera notamment sur la pollution métallique.

Présence d’hydrocarbures, rejets pharmaceutiques, pesticides…

 « Autant il est tout à fait possible de positionner des capteurs sur des balises ou des corps-morts dans des eaux calmes, autant cela se complique dans les zones très mouvantes, houleuses et peu accessibles des côtes littorales. Dès lors, la solution est le surfeur qui sert de support », nous explique ainsi Hélène Budzinski. Son laboratoire a reçu, en ce début d’année 2022, les kits d’échantillonnage fournis par les surfeurs et va procéder à leur étude durant ce printemps.

D’ores et déjà, des recherches précédentes ont attesté de cette pollution chimique dans les eaux de baignade : présence d’hydrocarbures par exemple près de zones industrielles, de rejets pharmaceutiques, notamment dans les zones aquatiques situées près de stations d’épuration, de cosmétiques dans des sites plus urbains, de pesticides en milieu plus rural… « Le constat a été fait. On sait que l’environnement est pollué à petites doses, mais notre étude vise à préciser ces concentrations et à les objectiver », ajoute la chercheuse.

Évaluer l’impact de doses faibles mais sur un temps prolongé

La plupart des études sont habituellement basées sur le prélèvement d’échantillons à un instant T. Le projet CURL, lui, va permettre de mesurer cette micropollution sur un temps plus étendu, soit une centaine d’heures d’immersion du surfeur dans l’eau.  « Nous aurons ainsi des indications sur les doses cumulées pour évaluer le potentiel d’exposition de l’usager », ajoute la chimiste du CNRS. Les équipes de recherche de l’Ifremer, de fait, seront chargées de mesurer si ces teneurs faibles en micropolluants mais avec une exposition prolongée, peuvent avoir un impact sur la santé des surfeurs ou des baigneurs.

Rendez-vous cet été pour les premiers résultats. Les trois partenaires pourront dès lors déterminer la pertinence de ce concept d‘étude, le temps d’immersion nécessaire dans l’eau pour obtenir des données fiables, développer éventuellement un kit équipant des planches de surf et décider de déployer ce dispositif à plus grande échelle. D’ores et déjà, des surfeurs de toute l’Europe se seraient portés volontaire…

(1) EPOC :  Environnements et Paléoenvironnements Océanique et Continentaux

(2) Ifremer : Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer

Marianne Peyri