« Les Gaulois sont nos ancêtres ». Vérification des faits

Aujourd’hui, l’image du Gaulois qui est diffusée au plus grand nombre, est celle du guerrier moustachu, bon vivant, qui fait face à l’ennemi sans jamais abandonner. Les Gaulois, un peuple aux nombreuses traditions, la chasse et l’agriculture. Mais l’image que nous a transmis ce petit village d’irrésistible Gaulois n’est pas forcément la bonne. Démêlons le vrai du faux

À l’Antiquité, dire à une personne qu’elle était gauloise n’avait pas forcément de sens. Pourquoi ? Car les Romains distinguent la Gallia cisalpina en Italie et la Gallia transalpina de l’autre côté des Alpes. En effet, le territoire français était composé de plusieurs tribus. Les Celtes, les Ambiens, les Helvètes, les Bituriges, les Arvernes, les Pictes pour ne citer que celles-ci, mais aucune tribu « Gauloise » à proprement parler, car aucun peuple ne s’auto-désignait « Gaulois », parce qu’aucun ne l’était.  

Dans leur Atlas des immigrations en France, Pascal Blanchard, Hadrien Dubucs et Yvan Gastaut démontrent que la France s’est construite par 96 vagues successives d’immigration après la période de la Gaule. Romains et Grecs à la fin de l’Antiquité puis Germains sur la majorité du territoire, Celtes en Bretagne, Vikings en Normandie au début du Moyen-âge. Ils ont été attirés par la richesse de ses sols et sa situation privilégiée.  

Puis après tout cela, les troupes armées et les mercenaires qui s’installent en France au fil des guerres ajoutent de nouvelles origines qui finiront par former ce métissage qui unit encore la France. C’est donc pour cela, qu’inventer un Français aux origines gauloises « pures souches », c’est nier une évidence pour les auteurs de l’atlas : celle de la diversité ethnique et culturelle sur laquelle s’est construit la France. 

Un héritage linguistique basé sur cette diversité

Le langage est l’un des principaux héritages laissé. De grands ensembles linguistiques encadrent cette diversité. Au sud, les langues d’oc sont fortement marquées par le latin ramené par les Romains. Entre la Loire et la Meuse, les langues d’oïl. On y trouve un brassage de langage francs, celtes et latin. Au nord et à l’est, les langues restent germaniques, tandis que dans l’Armor, les Bretons immigrés de Grande-Bretagne aux IVe et Ve siècles ont « receltisé » les parlers. 

Mais dans le dictionnaire tel que nous le connaissons aujourd’hui qui comprend environ 60 000 mots, nous pouvons y trouver moins de 200 mots provenant de l’époque « gauloise » comme nous l’indiquions déjà dans Curieux.live. Notamment par la domination romaine à cette époque, qui a donc imposé la langue latine. Parmi ces 200 mots, la plupart sont en rapport avec l’agriculture

Mais surtout les Romains ayant développé leur domination avec le commerce, sont à l’origine de mots en lien avec ce domaine. Souvent pour designer des choses qui se monnaient contrairement aux mots gaulois. Par exemple, le miel est un mot romain tandis que la ruche qui ne se monnaie pas forcément est d’origine gauloise. Les noms de villes sont aussi compris dans cet héritage linguistique important.  

Aujourd’hui le métissage en France est présent encore plus avec d’autres langues qui sont utilisées dans le français actuel. En langues anciennes, le latin et le grec représentent 16 % des mots présent dans le dictionnaire. De plus, comme l’explique le linguiste Louis-Jean Calvet à la rubrique Check news de Libération : « Il y a sans doute entre 500 et 600 mots d’origine arabe en français, peut-être plus si nous prenons le vocabulaire scientifique spécialisé ». La langue arabe est la troisième langue d’emprunt pour le français derrière l’anglais et l’italien.

Romain Champagne

Article réalisé dans le cadre d’un partenariat sur le Fact Checking entre Curieux et l’EFJ Bordeaux avec les étudiants de seconde et troisième années de cette école de journalisme.