Un rapport inédit de l’ONU alerte sur l’état des espèces migratrices dans le monde. Près de la moitié d’entre elles subissent une baisse de leurs populations en raison des nombreuses pressions humaines. Mais il est encore possible d’agir

Chaque année, des milliards d’animaux à écailles, à poils ou à plumes entreprennent de migrations plus ou moins longues, traversant les cieux et les océans, les plaines et les déserts. Ils relient des continents, des contrées et des habitats éloignés et sont d’une importance capitale pour les écosystèmes traversés et les populations humaines croisées. 

Espèces emblématiques et essentielles

Ainsi l’arrivée de la cigogne blanche est-elle saluée dans de nombreux pays, comme un symbole de prospérité et de naissance. Le long de leurs voies migratoires, les espèces migratrices apportent des avantages vitaux aux populations. Les chauve-souris nectarifères et frugivores, comme la roussette noire présente à La Réunion, sont ainsi impliquées dans la pollinisation d’au moins 528 espèces de plantes à fleurs. Mais aussi la dispersion de graines d’une soixantaine d’arbres fruitiers, comme le papayer ou le manguier, ainsi que de nombreuses espèces de figuiers.

Parmi les espèces de poissons migrateurs au long cours, l’anguille d’Europe joue un rôle important dans les réseaux trophiques d’eau douce et le fonctionnement des écosystèmes aquatiques. Historiquement cette grande migratrice représentait plus de 50 % de la biomasse des poissons dans la plupart des fleuves et des rivières européens. Mais sa population s’est effondrée depuis les années 1980, au point que l’anguille d’Europe fait aujourd’hui partie des espèces en danger critique d’extinction. Ce en raison d’une série de menaces allant des obstacles à la migration à la surexploitation des alevins ou civelles. 

Pibalier sur la rive droite de l’estuaire de la Gironde. L’anguille d’Europe ou anguille commune ne l’est plus. Surexploitée lors de ses premiers stades de vie, sa population a diminué de 95% depuis les années 80. PHOTO Alexandrine Civard-Racinais.

Des pressions humaines de plus en plus fortes

Les civelles ne sont pas les seules à pâtir d’une telle surexploitation. Le premier rapport sur l’état des espèces migratrices dans le monde*, publié le 12 février 2024 sous l’égide de l’ONU, souligne que « la surexploitation apparaît comme la plus grande menace pour de nombreuses espèces migratrices, dépassant la perte et la fragmentation de l’habitat. » Ces dernières restent toutefois une menace majeure, à quoi s’ajoutent « la pollution (notamment lumineuse et sonore), les changements climatiques et les espèces envahissantes. » 

Sur les 1200 espèces figurant sur la liste de la Convention des espèces migratrices (CMS, pour Convention on Migratory Species), « une espèce sur cinq est menacée d’extinction et 44% d’entre elles ont une tendance à la baisse de leur population. » Si l’on resserre la focale sur les seuls écosystèmes aquatiques, la situation est encore plus critique puisque « 97% des poissons migrateurs inscrits sur la liste de la CMS sont menacés d’extinction ». 

Limitation des actes de captures ou de prédation par l’homme

Il n’est pas trop tard pour agir, soulignent les auteurs de ce rapport inédit qui formule aussi des recommandations d’actions prioritaires à l’attention des pays membres de la Convention. Il semble que cet appel ait été entendu. La 14ème réunion des Parties à la Convention s’est achevée, samedi 17 février 2024 à Samarcande (Ouzbekistan) sur une cinquantaine d’engagements destinés à protéger ces animaux voyageurs. 

De nombreuses espèces** devraient bénéficier d’une meilleure coopération internationale pour limiter les actes de captures ou de prédation par l’homme, préserver leurs habitats ou renforcer, indépendamment des frontières nationales, la connectivité des milieux auxquels ils sont inféodés. La France, qui participait à cette Conférence multilatérale, s’est « réjouit de (ces) résultats ». L’anguille d’Europe, toujours pêchée en France, et les autres attendent maintenant des actes.

Alexandrine Civard-Racinais

*PNUE-WCMC, 2024, État des espèces migratrices dans le monde.

** Outre les 1200 espèces déjà concernées par la CMS, 14 nouvelles espèces font leur entrée. Parmi elles : le requin-taureau ou encore le marsouin du Pacifique.

A savoir : La Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS) est un traité mondial adopté en 1979. Il a pour objectif de veiller à la conservation des espèces migratrices et de leurs habitats grâce à la coopération internationale. 133 pays, dont la France, sont membres de cette convention.

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