À l’occasion de la Fête des pères, zoom sur trois espèces animales, chez lesquelles les mâles s’occupent avec dévouement de leurs œufs ou de leurs petits

1- Le crapaud accoucheur, un géniteur dévoué

Lorsque l’alyte accoucheur mâle prend son pied, le résultat est pour le moins surprenant. Chez cette espèce connue sous le nom de crapaud accoucheur, « le mâle aide la femelle à pondre en introduisant un orteil dans son cloaque pour récupérer les chapelets d’ovocytes », relate l’herpétologue Françoise Serre-Collet (MNHN) dans son livre 50 idées fausses sur les amphibiens. La ponte ressemble à un long chapelet d’œufs sur un cordon. Après avoir fécondé les ovocytes, le mâle entortille la ponte sur ses chevilles. 

Les pattes entravées, « il va ainsi transporter entre 10 et 77 œufs pendant 15 à 50 jours, se rendant dans de petites retenues d’eau pour y tremper son arrière train afin d’humidifier sa ponte ». Lorsque l’éclosion approche, ce géniteur dévoué se rend au premier point d’eau sur sa route pour y déposer ses œufs. Mission accomplie ! Pendant la saison de reproduction, d’avril à août, les mâles portent successivement trois à quatre pontes issues de différentes femelles. 

L’alyte ou crapaud accoucheur, (ici le crapaud accoucheur de Majorque), est une espèce d’amphibien appartenant à la famille des Alytidae. Alyte vient du grec Alutos « enchaîné » car le mâle a les pattes liées par la ponte. PHOTO MNHN – François-Gilles Grandin

2- Le hamster de Campbell, un obstétricien aux petits soins

Chez les mammifères, rares sont les pères qui s’occupent de leur progéniture. « Le comportement paternel ne s’observe que chez à peine 10% des espèces », souligne Raymond Nowak (CNRS), spécialiste des relations mères-jeunes chez les animaux. Avec une mention spéciale pour le hamster de Campbell mâle, originaire de Chine et de Mongolie. « Ce surprenant rongeur qui ne dépasse pas une soixantaine de grammes est à ce jour le seul mammifère connu doué de talent d’obstétricien » signale le chercheur dans son livre « Parents animaux ».

Pendant la mise bas, il aide mécaniquement ses petits à s’extirper les uns après les autres de la matrice maternelle, les lèche, retire les glaires qui obstruent leurs narines et les réchauffe. « C’est aussi un indispensable papa poule » qui reste aux côtés de ses petits lorsque leur mère quitte le nid pour aller se nourrir. En dispensant des soins paternels directs, les hamsters de Campbell mâles contribuent à la survie et à la croissance de sa progéniture.

3- Chez les hippocampes, le père assure la grossesse

Au sein du règne animal, « les hippocampes brillent par leur singularité » s’enthousiasme l’éthologue Jessica Serra dans sa postface de Parents Animaux. « Ils sont les seuls pères (…) à posséder un « placenta » à l’intérieur de leur poche ventrale pour nourrir leurs bébés ». « Il s’agit du seul cas connu de gestation masculine » relate Raymond Nowak. Cette gestation dure deux à trois semaines, l’éclosion des œufs ayant lieu à l’intérieur de la poche. 

Reste à les expulser. « Les contractions sont puissantes et son corps se tortille. (…) Son corps change même de couleur tandis que les contractions s’intensifient. Selon les espèces, il éjecte entre 5 et 1800 petits ». Et remet en question bien des certitudes, comme l’énonce malicieusement Jessica Serra qui parle d’« une grossesse masculine qui fait basculer nos a priori sur les rôles respectifs des sexes dans la parentalité ». Bonne fête à tous les papas !

Alexandrine Civard-Racinais

A lire : 

  • Raymond Nowak, Parents animaux, Humensis, 2023.
  • Françoise Serre-Collet, 50 idées fausses sur les amphibiens, éditions Quae, 2021.
  • Françoise Serre-Collet, Grenouilles, Crapauds et Cie, éditions Quae, 2019.

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