Rugby, boxe, hockey : un protège-dents innovant made in Bordeaux

Obligatoires dans certains sports, les protections intra-buccales doivent, en plus de protéger, permettre de respirer tout en étant bien calées dans la bouche. Une gageure que le docteur Philippe Poisson, chercheur à l’Université de Bordeaux, a relevée

 

Et bam ! Un uppercut et deux dents en moins ! Pour éviter cette mésaventure, rien ne vaut le port d’un bon protège-dents. Il est même obligatoire dans certaines disciplines comme la boxe, le taekwondo, le hockey sur glace et le football américain.

Il diminue le risque de traumatismes dentaires (fractures, déplacements, expulsions…) en absorbant les chocs. Il isole aussi des dents les tissus mous (langue, lèvres, joues), évitant les coupures et morsures involontaires. Il limite également le risque de fracture mandibulaire, de commotion cérébrale et d’atteinte cervicale. Il en existe différents types : simple ou double (sur une ou les deux mâchoires), standard, adaptable (par modelage thermique ou chimique) ou sur mesure (avec prise d’empreintes chez le dentiste). Tous doivent répondre à des normes, françaises et européennes : recouvrir dents et gencives, offrir un espace « ventilatoire », avoir une épaisseur suffisante, rester en place lors de l’impact…

Un accessoire bi-matière innovant

Amateur de boxe, le Dr Philippe Poisson, chercheur au Laboratoire Handicap, Activités, Cognition, Santé (HACS) de l’université de Bordeaux, a mis au point un protège-dents qui s'ajuste facilement en bouche, amortit bien les chocs tout en permettant la respiration.

Amateur de boxe, le Dr Philippe Poisson, chercheur au Laboratoire Handicap, activités, cognition, santé (HACS) de l’université de Bordeaux, a mis au point un protège-dents qui s’ajuste facilement en bouche, amortit bien les chocs tout en permettant la respiration.

« Pourtant, tous les protège-dents ne se valent pas, indique le docteur Philippe Poisson, adepte de boxe anglaise : les uns n’absorbent pas suffisamment les chocs, d’autres empêchent de respirer. » C’est pourquoi, ce chercheur au laboratoire Handicap, activités, cognition et santé (HACS) de l’Université de Bordeaux a souhaité en concevoir un offrant à la fois sécurité et confort. Il y est parvenu en collaborant avec l’École nationale supérieure des arts et métiers (ENSAM, Bordeaux), la société de plasturgie Techniplast (La Brède) et le CHU de Bordeaux pour les essais cliniques sur sportifs. D’un nouveau genre, ce protège-dents est bi-matière : une partie non malléable et l’autre « thermo-modelable » (au contact de l’eau portée à ébullition). Accompagné d’un support facilitant l’ajustement en bouche, l’accessoire innovant s’adapte à la mâchoire du sportif et garantit aussi un espace ventilatoire suffisant pour respirer, tout en ayant un bon pouvoir amortisseur.

Le projet soutenu par la société d’accélération du transfert de technologies Aquitaine Science Transfert (https://www.ast-innovations.com/) a débouché sur une licence signée en juillet 2019 avec l’entreprise française de grande distribution de sport et de loisirs Décathlon. Le produit est désormais commercialisé dans les boutiques de l’enseigne sous le nom « MG500 », et les marques Outshock dédiée aux sports de combat, Offload pour le rugby et Korok pour le hockey sur gazon.

S’il ne supprime pas totalement le risque de traumatisme, il limite considérablement la casse : « On ne se fracturera que deux dents au lieu de sept ou huit ! », caricature le docteur Poisson.

Florence Heimburger