L’intelligence artificielle au service de la lutte contre la pollution plastique

Plastic Origins est un programme de sciences participatives, proposé par l’ONG Surfrider. Il s’appuie sur l’intelligence artificielle pour cartographier les rivières et les cours d’eau les plus souillés, alerter les élus et proposer des solutions

Partant du constat que « 80 % des déchets présents dans l’océan viennent de l’intérieur des terres », l’ONG Surfrider Fundation Europe cherche à cartographier la pollution plastique des fleuves et rivières d’Europe pour endiguer ce fléau à sa source. Ce, grâce à des données récoltées par des volontaires formés à l’utilisation d’une application dédiée baptisée Plastic Origins.

Repérer et comptabiliser les déchets

Une fois l’application téléchargée sur un téléphone, il suffit de filmer un tronçon de rivière pendant 3 minutes à l’occasion d’une sortie en kayak ou en canoë ou d’une promenade sur ses berges, pour participer à l’acquisition de données en mode automatique. « L’algorithme d’intelligence artificielle analyse ensuite la vidéo et détecte automatiquement une grande partie des déchets visibles, qu’elle comptabilise, géolocalise et classe selon leur type », commente Antoine Bruge, chargé de projet pour Surfrider, à l’origine de cette initiative lancée fin 2020. 

L’utilisation de l’intelligence artificielle permet de lever le « biais observateur », car il faut avoir l’oeil exercé pour repérer tous les déchets échoués sur les berges ou dans les branches des arbres en bordure de rivière. 70 % des emballages alimentaires, bouteilles ou autres sont actuellement détectés et « nous essayons d’améliorer encore cette qualité de détection » des macro plastiques, les micro plastiques n’étant hélas plus ou pas visibles.

Géolocaliser et cartographier

La position GPS du téléphone de l’utilisateur est également relevée, ce qui permet d’obtenir la localisation du cours d’eau sur lequel le suivi a été effectué et des déchets qui s’y trouvent. Le nombre de déchets observés par kilomètre linéaire de berge est ensuite calculé. Toutes ces données sont destinées à alimenter une carte interactive*, accessible à tous, indiquant en temps réel l’état des rivières.

Les données collectées par 860 contributeurs sur une dizaine de cours d’eau en France et en Europe ont déjà permis de constater que les plus grosses concentration de déchets se situent en aval des villes. « C’est notamment le cas sur l’Adour où les déchets plastiques sont présents en grand nombre après Tarbes ou Dax, avec un effet de « dilution » par la suite », souligne Antoine Bruge.

Depuis le démarrage du programme, plus de 2 500 kilomètres de rivières, ont été parcourus. PHOTO SURFRIDER

Alerter et proposer des solutions

La seconde étape du projet vise à démarcher les élus des territoires « en rouge sur la carte » afin de leur proposer des solutions clés en main. Installer des fontaines à eau afin de permettre aux promeneurs de remplir facilement leur gourde, inciter les vendeurs de plats à emporter à servir les consommateurs dans leurs propres contenants, sécuriser les poubelles de tri pour éviter l’éparpillement des déchets au moindre coup de vent…

« les solutions existent ! Certaines sont déjà testées chez nous ou dans les pays voisins. Aux élus de s’en emparer ! » Avec l’espoir de limiter les déchets plastiques sur les berges de nos rivières, pour éviter qu’ils n’aboutissent un jour dans l’océan.

Alexandrine Civard-Racinais

* carte accessible à partir du 15 mai 2022.

Bonnes volontés toujours bienvenues

La collecte de données se poursuit ! Pour participer au programme Plastic Origins, il suffit de télécharger gratuitement l’application, de créer un compte utilisateur et de suivre une courte formation proposée par Surfrider Fondation (en français et en anglais). Il existe deux moyens de se former :

• En s’inscrivant à une formation en visio-conférence ;

• En regardant l’enregistrement vidéo de la formation.