Protection des récifs coralliens : la céramique de Limoges permet de bouturer les coraux

L’Aquarium du Limousin vient de recevoir un prix de la Banque de France récompensant son travail mené avec la société I.Ceram pour la sauvegarde des récifs coralliens ! Retour sur un projet innovant

Un projet d’utilisation de la céramique de Limoges comme support de bouturage des coraux est né d’une rencontre entre David Branthome, directeur de l’Aquarium du Limousin et Eric Denes, directeur scientifique de la société I.CERAM, spécialisée dans les implants en céramique. D’une rencontre et d’une réflexion de ce dernier : « Auparavant, on utilisait du corail pour réparer les os humains. Sa céramique pouvait-elle aujourd’hui aider les coraux ? », relate David Branthôme.

Céramique versus PVC

Comme de nombreux autres centres de recherches européens, l’Aquarium du Limousin travaille depuis plusieurs années sur la reproduction des coraux par bouturage. Pour ce faire, des fragments sont installés sur un support en PVC, en ferraille ou en béton, « matériaux polluants ou susceptibles de se dégrader et de relâcher des microparticules nocives pour les poissons ». Ce qui n’est pas le cas de la céramique d’alumine, 100% naturelle. Mais les coraux allaient-ils apprécier ce nouveau support ?

Un support neutre et des fils résorbables

Débutés en avril 2019, les premiers essais se sont révélés concluants. Dix jours plus tard, « les boutures étaient déjà fixées, ce qui est plus rapide qu’avec le PVC ». Des images réalisées par scanner et IRM ont confirmé l’ancrage du corail à la surface de ce matériau poreux se comportant comme « une roche vivante ».

Rapidement, l’équipe a souhaité pousser plus loin sa démarche en remplaçant les fils de nylon ou la colle synthétique utilisés pour lier les morceaux de coraux à leur support par une alternative. « Nous avons proposé à un laboratoire fournissant du fil chirurgical résorbable aux vétérinaires de récupérer les fils périmés destinés à être détruits ». Désormais utilisés pour lier les boutures à leur plaque de céramique, ces fils disparaissent en 6 à 12 mois.

90 % des récifs coralliens pourraient subir de fortes altérations voire disparaître d’ici 2050, victimes du réchauffement climatique et de l’acidification des eaux. Encyclopédie de l’environnement

Il y a urgence à préserver les coraux

Depuis le démarrage de l’opération, plus de cent boutures ont été réalisés avec des coraux durs et mous et dans différentes configurations. Certaines ont donné lieu à une participation du public afin que chacun, petit ou grand, devienne un « ambassadeur du corail ». Car il y a urgence !

Toutes ces actions ont valu à l’Aquarium du Limousin d’être récompensé par un prix de la Banque de France remis mardi 8 juin 2021 à Bordeaux : date symbolique pour l’équipe puisque le 8 juin est aussi la date de la Journée Mondiale des Océans. A terme, le rêve de David Branthôme serait que cette technique puisse être utilisée en milieu naturel pour réparer un récif endommagé lors du passage d’un cyclone par exemple. En bouturant les fragments cassés sur place et ce, sur support céramique, avec des liens résorbables afin d’apporter des solutions durables.

Alexandrine Civard-Racinais

Fascinant corail

  • Le corail n’est pas une pierre ou une plante, mais un animal marin appelé polype qui vit la plupart du temps en colonie.
  • Tout au long de sa vie, le polype fabrique inlassablement un squelette externe de calcaire. Il vit dans cette sorte de petite loge appelée corallite.
  • Les coraux représentent seulement 0,16 % de la surface des océans, mais hébergent environ 30 % de la biodiversité marine connue.